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Lecture silencieuse ?
samedi 3 mai 2025, par
Cf. : Lire, oui, mais quoi ?
La lecture s’est longtemps pratiquée à voix haute, de manière collective.
Sans remonter aux monastères médiévaux, la fréquentation des archives de la Seconde République m’a souvent évoqué la lecture à haute voix du journal « rouge » dans les populaires cercles républicains, entre parties de cartes et chansons de goguette.
Par les récits de ma grand-mère, née en 1892, j’ai le souvenir familial de ces voisines tirant leur chaise sur le trottoir de l’étroite rue ouvrière, et écoutant celle d’entre elles qui savait « bien » lire dévider à haute voix le roman feuilleton du journal, non sans commentaires et exclamations.
De la lecture collective, on est progressivement passé à la lecture individuelle, mais toujours à voix haute.
On cite souvent Saint Augustin découvrant l’extraordinaire de la lecture silencieuse, lors de sa rencontre avec Ambroise, l’évêque de Milan, vers 386 :
« Quand il lisait, ses yeux parcouraient la page et son cœur examinait la signification, mais sa voix restait muette et sa langue immobile [1]. »
Lecture orale ?
C’est ainsi que fait ma fille handicapée quand elle déchiffre difficilement un court texte.
C’est ainsi que pratiquent spontanément les enfants qui découvrent la lecture, ce qui devrait intéresser les pédagogues partisans de la lecture silencieuse immédiate. L’enfant qui apprend à lire a besoin du soutien de la parole.
On ne tolèrerait guère, aujourd’hui, quelqu’un qui lirait à haute voix dans le métro ou dans le TGV.
On lit en toute circonstance, dans les transports en commun, dans un transat sur la plage, ou dans la solitude de sa chambre…
Mais parmi les contemporains, c’est sans doute Pascal Quignard qui a pointé la passivité extasiée qu’est la « vraie » lecture, acte de solitude absolue et d’absence au monde pour mieux y retourner, sans a priori. Retrait hors de soi dans un temps suspendu, sans souci du futur…
[1] Saint Augustin, Confessions (VI,3)