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À propos du tour de passe-passe de l’Islamophobie

vendredi 2 mai 2025, par René Merle

Juste un mot, encore, à propos de l’Islamophobie.

Dans les années 2000, le mouvement islamiste des Frères musulmans a introduit en France le terme d’Islamophobie. Il est employé maintenant à tort et à travers (et pour certains dans une évidente visée électoraliste), mais il a pour ses initiateurs a un sens précis : faire taire toute critique sur leur idéologie politico-religieuse. Car leur objectif déclaré est de promouvoir en terre d’Islam, et au-delà, une société régie par les principes de la religion, en intégrant la religion dans la vie politique et sociale.
Porté par un discours victimaire, le terme d’islamophobie a occulté le vieux racisme anti-Arabe [1], et l’opération n’a rien d’innocent.
Dans cette Arabophobie fort ancienne, il n’était pas question de religion mais bien d’altérité. Il s’agissait du refus de l’Autre, qu’il soit le colonisé ou l’immigré. Colonisé dans les départements français d’Algérie, où son statut péjorant d’indigène le différenciait de la minorité européenne dominante. Immigré prolétaire venu au secours d’une économie française où les Français se détournaient des métiers les plus pénibles.
Sans remonter plus en amont, je vous parle ici d’un temps pas si lointain pour les gens de mon âge, où l’on traitait communément ces Arabes (pour beaucoup d’ailleurs Kabyles !) de « melons », de « bougnoules », de « « gris », voire de « ratons ». « Ratons » qu’il arrivait que l’on poursuivre dans nos rues par des ratonnades… Et, dès le début de ce que l’on appelait pudiquement les événements d’Algérie, Arabes que l’on baptisait « Fellouzes » quand ils luttaient pour l’Indépendance de l’Algérie.
Il n’était pas alors question de musulmans mais bien d’Arabes, au sens ethnique du mot.
Après l‘indépendance de l’Algérie, avec la création du rapprochement familial, ce monde de travailleurs immigré célibataires est devenu un monde de familles ghettoïsées initialement dans ce qu’il fut convenu de baptiser « quartiers » ou « cités ».
On connaît les conséquences sociologiques de cette ghettoïsation qui transforma ces quartiers populaires en bombes à retardement. Les successives vagues d’émeutes de leur jeunesse en témoigne depuis longtemps.
C’est alors que le mot « Arabe » disparut des radars, et avec lui une analyse sérieuse de la situation des travailleurs immigrés et de leur descendance.
Foin des défuntes analyses marxistes qui appréhendaient cette situation en termes de lutte des classes. Pour désamorcer le péril que représentait, aux yeux des possédants, l’inclusion dans la classe ouvrière de ces nouveaux prolétaires, on a alors opportunément et artificiellement rassemblé ces immigrants et leur descendance en une communauté religieuse et non plus sociologique, celle des Musulmans.
Depuis bien des années, la désindustrialisation a réduit la base prolétarienne de cette population d’origine immigrée, au profit (si l’on peut dire) d’emplois précaires (livreurs par exemple). La population des « cités » est en perpétuel renouvellement, car ceux « qui s’en sortent » par l’école, antichambre des professions libérales, et par l’énergie industrieuse de l’artisan et du commerçant, vont chercher logement ailleurs. Dans la région où je vis, les écoles privées dites chrétiennes accueillent de plus en plus des enfants de « musulmans » membres de ces nouvelles couches moyennes.
Bref, il y a aujourd’hui des « musulmans » exploités et des « musulmans » exploiteurs, des « musulmans » qui se débattent pour survivre, et d’autres qui ont fait leur chemin grâce au fameux ascenseur social, des « musulmans » honnêtes et des « musulmans » délinquants, comme il en va dans toute la population française.
Mais pourquoi entrer dans ces menus détails, quand il est si commode de promouvoir le terme religieux de « musulman » pour oublier l’analyse de classe.
On partage ainsi le pays en communautés, communauté musulmane, communauté juive, communauté chrétienne, communauté agnostique et j’en passe. On crée ainsi, à terme, les conditions d’une crispation de ces catégories dans le rejet de l’autre, voire dans l’affrontement. J’exagère ? Je suis parano ? Je ne crois pas au regard de l’Histoire. Trop de nos concitoyens ignorent ce que fut la France de la seconde moitié du XVIème siècle, déchirée atrocement par la guerre civile religieuse.


[1Cf. : [>1959].

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