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Antifascisme 2025 ?
lundi 5 mai 2025, par
En 1934, la riposte ouvrière et populaire antifasciste, marquée par les retrouvailles du Parti communiste et du Parti socialiste, tint en échec l’assaut des ligues contre la République.
J’écrivais à ce propos dans le quotidien La Marseillaise, le 7 février 2004 :
" 1934
La crise et le chômage, des gouvernements de centre gauche décevant leur électorat, puis des gouvernements de droite aggravant cette politique d’austérité, un syndicalisme contraint à la défensive, une gauche divisée, un parti socialiste partagé, un parti communiste isolé, en grandes difficultés électorales, une droite fascisante poussant sur le terreau de la vieille droite, se nourrissant du mécontentement populaire, dénonçant les “affaires” : “Tous pourris”... Tout cela dans un environnement international menaçant.
La France des années 1990-2000 ?
Non, nous sommes en 1934. Mais se souvenir de 1934 n’est pas lettre morte. Au contraire. Nous pouvons y puiser des raisons d’espérer.
Le 6 février 1934, l’extrême-droite tente un coup de force à Paris. La riposte est immédiate, massivement ouvrière. La combativité en germe dans l’exaspération populaire éclate en immenses cortèges unitaires. Ce “Non au fascisme” unissait l’attachement profond à la République et l’exigence d’une République démocratique et sociale, réconciliant drapeau rouge et drapeau tricolore. Ainsi allait naître le Front populaire dont les acquis de 1936 seront prolongés par les grandes conquêtes sociales et politiques de la Libération. Le parti communiste allait être un ferment décisif dans cet immense mouvement. Capitalisant son dynamisme militant et sa nouvelle analyse de la réalité française, il va connaître une progression électorale impressionnante (particulièrement dans notre région) et devenir un grand parti de masse. À la grande surprise de ceux qui (comme aujourd’hui), le donnaient pour mort et enterré.
À la différence de la riposte anti-F.N d’avril-mai 2002 après la présence de Le Pen au second tour de la présidentielle, riposte gigantesque mais essentiellement affective, la riposte antifasciste de 1934 témoignait que l’exigence démocratique, pour s’ancrer dans le peuple citoyen et être efficace, doit s’accompagner d’exigence de justice sociale, et de perspectives politiques à même de porter vraiment cet avenir. Comment ne pas le souligner aujourd’hui ?
René Merle "
Comment cet antifascisme fondamental peut-il être aujourd’hui porteur d’un grand mouvement unitaire pour la démocratie et le progrès social [1] ?
EN 1852, au début du Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte, Marx écrivait : " Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages de l’histoire se produisent pour ainsi dire deux fois, mais il a oublié d’ajouter : la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide. "
Il ne faudrait pas que le grand événement de 1934-1936 nous soit resservi dans une gesticulation stérile et quelque peu provocatrice.
L’association La Jeune Garde est un collectif antifasciste fondé à Lyon en janvier 2018, en riposte aux agressions de rue répétées, menées par des groupes d’extrême droite.
Elle a repris le chant de combat révolutionnaire lancé par le chansonnier Montehus en 1936, qu’adoptèrent aussitôt les Jeunesses socialistes, puis les Jeunesses communistes.
Cf. Montéhus, la Jeune Garde
Elle a également repris l’emblème aux trois flèches de combat des Jeunesses socialistes.
Elle s’inscrit aussi dans l’appel que lançait Trotsky en 1934, pour prolonger les manifestations unitaires socialo-communistes par la création de milices ouvrières.
Cf. Trotsky et la France, Octobre 1934
Lors de la manifestation parisienne du 27 avril contre l’islamophobie, un attaché parlementaire LFI a illustré son titre d’Insoumis par un appel « à constituer partout dans le pays des brigades d’autodéfense populaire. » « On ne peut pas compter sur les institutions. La police, la justice véhiculent l’islamophobie et le racisme. On ne peut compter que sur nous-mêmes ».
L’occasion était trop belle pour le ministre et leader de la droite Retailleau d’engager Immédiatement une procédure de dissolution de la Jeune Garde, qu’il considère comme un mouvement insurrectionnel.
À quoi Jean-Luc Mélenchon répond par un vibrant message de solidarité avec la Jeune Garde.
Dans l’hystérisation actuelle du climat politique, il n’est pas certain, et il est même évident, que cette agitation serve la cause de l’antifascisme, qui doit d’urgence s’attacher dans le calme à regagner les esprits de tant de Français qui ont cru trouver dans l’idéologie du RN la solution à leurs difficiles conditions de vie et à leur désarroi existentiel.
Le développement des actions groupusculaires d’extrême-droite appelle certes à une réaction, mais elle doit être celle de la loi républicaine.
Que le gouvernement Macron-Retailleau n’en fasse pas une priorité devrait a contrario amener les forces dites de gauche à faire naître une véritable unité et de véritables perspectives de démocratie et de progrès social.
[1] Vous pouvez lire aussi à ce propos l’article Fascisme ? Mais quels fascismes en France aujourd’hui, et donc quels antifascismes ?.