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Regrets sur « Gentil n’a qu’un œil »
mardi 17 juin 2025, par
Ma période « romancière » des années 1990 et du début des années 2000 est bien loin derrière, et je ne relis jamais ces quelques romans.
Mais quand j’y pense, s’il fallait choisir, c’est sans doute un roman historique que je préfère, même avant le série noire Treize reste raide.
Au lendemain de la commémoration de l’insurrection de 1851, à laquelle j’avais activement participé, l’idée me vint d’écrire un roman sur un de ces missionnaires républicains qui essayèrent d’organiser une résistance préventive au coup d’État bien prévisible, ou de la droite au pouvoir mais en difficulté, ou du président Louis-Napoléon Bonaparte.
Le texte fut accepté par une petite maison d’édition (que je remercie encore). Il connut un tirage modeste et un peu plus tard cette maison d’édition dut cesser son activité.
Depuis j’ai laissé le livre dormir, sans essayer de lui trouver une nouvelle édition. Il n’est donc plus trouvable qu’en occasion, et je le regrette beaucoup aujourd’hui.
En voici la 4ème de couverture :
« Un inclassable et violent roman initiatique. Le destin brisé par la guerre d’Algérie d’un jeune instituteur bas-alpin, et son périple de missionnaire rouge à la fin de l’été 1850. À travers Provence, Vivarais, Dauphiné, Lyonnais et Forez, une dépaysante aventure au ras du sol, dans les péripéties de l’engagement, les avatars du mysticisme et les inattendus quiproquos de l’Histoire ».
J’extrais aussi de la Revue de presse [1] cette chronique de L’Humanité du 14 avril 2003
« Détours de l’histoire
Gentil n’a qu’un œil, de René Merle, itinéraire imaginaire au milieu du XIXe siècle provençal, voisine avec la réédition du Robespierre, de Sieburg. La fiction n’est pas là où l’on croit.
L’histoire, quand on s’y adonne, réserve des émotions, des joies ou des colères rétrospectives qui ne dispensent pas, tout au contraire, de s’intéresser à l’actualité vivante. En rappelant le passé sans y chercher de prétendues " leçons ", la curiosité historienne aiguise la réflexion, aide à remettre en contexte toute chose, favorise l’intuition, notamment politique, conduit à la circonspection analytique, ce qui est vertu. Et l’histoire peut se décliner sous de multiples formes et sous diverses écritures.
Voici par exemple, non à la marge mais à la périphérie sud-orientale de la France, un personnage de fiction dont on jugerait authentique la supposée " autobiographie ". L’historien et écrivain René Merle, qui est l’auteur inspiré et méticuleux de cette étrange et belle construction, quasiment ésotérique, Gentil n’a qu’un œil, nous entraîne derrière son héros modeste dans l’Algérie de 1848 où règnent répression et violence coloniale puis dans le Sud-Est méditerranéen et alpin depuis Digne, Toulon, La Seyne et Marseille jusqu’à Lyon, Valence, Rive-de-Gier et Grenoble, entre 1848 et 1850. L’itinéraire en quelque sorte initiatique du personnage le fait rencontrer Albert Laponneraye en missionnaire républicain puis toute une série d’animateurs de sociétés secrètes républicaines, certaines " rouges " ou démoc-soc, d’autres modérées. Surveillé par la police, il croise aussi les adeptes de sociétés royalistes légitimistes, également suspectes, et se trouve même entraîné dans un pèlerinage jusqu’à La Salette où la Vierge apparut, nous dit-on, à deux jeunes bergers en 1846. Si René Merle nous parle avec tant de précision de cette France provençale, alpine, forézienne et rhodanienne ou dauphinoise, si rien ne lui échappe des coutumes culinaires, des moyens de transport, le coche d’eau sur le Rhône, le chemin de fer là où il arrive en ce temps, la diligence et la patache, c’est qu’il n’ignore rien des sources qui en fondent la connaissance : les dialectes d’oc et du franco-provençal, les pratiques sociales rurales et urbaines, la réalité des métiers, la crise politique et économique du milieu du siècle dernier.
À le lire, on feint de se demander qui l’emportera du prince-président Louis-Napoléon ou des républicains, mais l’on sent bien que coupé du " prolétariat " et des " rouges " qui dominent le milieu républicain à Lyon, à Saint-Étienne, en Matheysine, voire sur quelques rives provençales de la Méditerranée, la République est condamnée : quand les Basses-Alpes feront le coup de feu contre le coup du 2 décembre 1851, à l’exception de la Drôme méridionale et de la Gardonnenque, le " Midi " ne bougea pas autant qu’on l’avait espéré. Honneur à ces républicains dont la défaite est comme consignée dans le récit anticipateur de René Merle ! Et si ce dernier nous en parle avec tant de talent et d’émotion, c’est qu’il les connaît bien en tant que président de l’Association de 1851-2001 pour la mémoire des résistances républicaines dont les mérites depuis des années s’inscrivent ou devraient s’inscrire aux frontons de la République....
Claude Mazauric »
Messages
1. Regrets sur « Gentil n’a qu’un œil », 17 juin 2025, 07:23, par Damaggio
Je me souviens qu’au cours de mon passage à La Seyne tu m’avais donné à lire en partie le manuscrit. Par une coïncidence le titre me renvoyait à un titre de Cladel, N’a qu’un oeil. Ce moment d’une histoire qui nous tient toujours autant à coeur... Merci pour ce rappel. jean paul damaggio