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France, mère des arts, des armes et des lois
mardi 24 juin 2025, par
J’évoquais dans l’article [3991] l’entame du célèbre poème de du Bellay, « France, mère des arts, des armes et des lois », mais sans en dire plus sur ce texte et sur cet auteur qui tient une place notable dans ce site, tant pour sa poésie que pour son engagement en faveur de la langue française. J’invite naturellement les nouveaux lecteurs à se reporter à ces articles.
Le poème est publié en 1558 dansLes Regrets et Autres Œuvres poétiques [1] , un an avant la fin de la dernière de ces guerres d’Italie qui duraient depuis 1494 et où la France avait cruellement montré qu’elle était mère des armes, deux ans avant la mort du poète, alors que la France allait s’enfoncer dans les guerres de religion
Je ne donne ici ce poème extrêmement connu, au moins par celles et ceux qui ont connu le temps révolu des récitations en classe, que pour illustrer cette forme de patriotisme, en contrepoint de l’admiration pour l’Italie effectivement vraie mère des arts, (la contagion du sonnet italien nous le montre ici), admiration qui saisit les poètes de la Pléiade, par ailleurs fidèles de la monarchie absolue en train de s’affirmer (France mère des lois).
Le texte s’inscrit donc dans la dialectique de la culture classique (Du Bellay est pétri de latinité, l’entame latine de l’ouvrage en témoigne, si besoin était), et du désir d’affirmer au présent une culture nationale. On se reportera à la magnifique défense de la langue française donnée par du Bellay.
Du Bellay, toutes les langues se valent, et donc quel avenir pour le "langage vulgaire"...
Cette dialectique s’inscrivait encore plus profondément dans le vécu : en 1557 du Bellay achevait un séjour à Rome initié en 1553, où il avait accompagné son oncle le cardinal Jean du Bellay, mais son enthousiasme initial s’était vite éteint dans ce monde de cruauté et de courtisanerie. D’où ce regret d’avoir quitté la vraie patrie, le pathétique accentué du sonnet en témoigne, à travers ses transparentes métaphores à l’antique.
Reste à savoir pourquoi la France ne répond pas à l’appel du pauvre agneau perdu...
Les lycéens et les étudiants auxquels l’on propose de rédiger un commentaire peuvent naturellement se reporter aux corrections (souvent payantes) que proposent Internet, où le pédantisme le dispute à la vraie culture.
Je me bornerai ici à donner le texte, d’abord dans sa présentation première, puis dans sa présentation actuelle.
France, mère des arts, des armes et des lois
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.
Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.
[1] Les Regrets et autres oeuvres poetiques de Joach. du Bellay Ang. A Paris, de l’imprimerie de Federic Morel, rue S. Jan de Beauvais, au franc Meurier. 1558. Avec privilege du Roy.
