Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > Marc Bloch, à propos du métier d’historien
Marc Bloch, à propos du métier d’historien
mardi 10 juin 2025, par
Boudée dans l’après-guerre, pour ne pas dire rejetée par quelques éminents mandarins, l’œuvre de Marc Bloch a depuis retenu à nouveau l’attention et l’admiration.
Apologie pour l’Histoire ou métier d’historien, le texte écrit pendant la guerre et interrompu par le crime nazi, devrait être connu de tous ceux qui s’intéressent à l’Histoire, et bien entendu de tous ceux qui se réclament de la recherche historique.
Outre les éditions papiers, on peut le lire commodément sur le très utile site canadien Les classiques des sciences sociales :
https://classiques.uqam.ca/classiques/bloch_marc/apologie_histoire/apologie_histoire.html
J’en extrais quelques lignes que j’ai toujours eues en tête quand ma recherche historique était aussi en résonance avec mes engagements au présent :
« Encore, si le jugement ne faisait que suivre l’explication, le lecteur en serait quitte pour sauter la page. Par malheur, à force de juger, on finit, presque fatalement, par perdre jusqu’au goût d’expliquer. Les passions du passé mêlant leurs reflets aux partis pris du présent, l’humaine réalité n’est plus qu’un tableau en blanc et en noir. » »
« Pour séparer, dans la troupe de nos pères, les justes des damnés, sommes-nous donc si sûrs de nous-mêmes et de notre temps ? Élevant à l’absolu les critères, tout relatifs, d’un individu, d’un parti ou d’une génération, quelle plaisanterie d’en infliger les normes à la façon dont Sylla gouverna Rome ou Richelieu les États du roi Très Chrétien ! Comme d’ailleurs rien n’est plus variable, par nature, que de pareils arrêts, soumis à toutes les fluctuations de la conscience collective ou du caprice personnel, l’histoire, en permettant trop souvent au palmarès de prendre le pas sur le carnet d’expériences, s’est gratuitement donné l’air de la plus incertaine des disciplines ; aux creux réquisitoires succèdent autant de vaines réhabilitations. Robespierristes, anti-robespierristes, nous vous crions grâce : par pitié, dites-nous, simplement, quel fut Robespierre. »