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La Troisième Gauche ?
mercredi 10 septembre 2025, par
Nous avions déjà eu la deuxième gauche [1], que d’aucuns ont appelé assez justement la deuxième droite [2] tant DSK et Manuel Valls en illustraient les reniements.
Nous avons maintenant la troisième gauche, pompeusement baptisée « post-sociétale ».
Vous vous souvenez sans doute du célèbre rapport du think tank Terra nova, proche du Parti socialiste, qui avait théorisé en 2011 le rentrage du Parti socialiste sur les classes moyennes urbaines et éduquées, et sur les franges post migratoires des couches populaires des « quartiers », abandonnant au Front National un petit peuple irrécupérable dans sa « beaufitude ».
Un an plus tard, après sa victoire électorale, le Parti socialiste de François Hollande, pâle suppléant de DSK, s’en était inspiré avec le succès que l’on sait.
Après cette catastrophe, bien longtemps après, c’est un autre think tank créé par le Parti socialiste, « penser pour agir » et jusqu’ici flirtant volontiers avec le macronisme, la fondation Jean Jaurès, qui vient de renvoyer Terra nova à sa fausse analyse, en préconisant une profonde mutation doctrinale : La « Troisième Gauche », enquête sur le tournant doctrinal post sociétal de la gauche européenne [3]. À lire cette brillante étude sur la gauche européenne, et accessoirement sur la sud-américaine et étatsunienne,
on ne peut que s’amuser du déploiement de matière grise des sachants et autres experts pour théoriser ce que tout le monde savait déjà : la gauche dite de gouvernement s’est coupée des couches populaires.
Écoutons le théoricien majeur de ce rapport, Renaud Large :
« La gauche européenne s’est coupée des classes populaires, qui ont subi au premier chef les effets négatifs de la mondialisation. Elle représente désormais les classes diplômées des centres villes, alors que sa vocation historique et première est d’exprimer les aspirations des plus défavorisés. » Elle a négligé les questions de sécurité et d’immigration, en donnant le sentiment de ne représenter que des minorités aisées.
Et l’on redécouvre l’analyse sur « l’armée de réserve du capital » qui court de Marx à Jaurès, et que le pauvre Georges Marchais avait clairement exprimée en 1981 [4], au grand dam de toutes nos belles âmes qui le couvrirent de ridicule : c’est le thème de l’immigration, armée de réserve du capital. « L’immigration inconditionnelle est une idée patronale, qui consiste à augmenter le nombre des travailleurs pour réduire les salaires et les droits sociaux ».
Il faut désormais à cette Troisième Gauche « construire un discours capable de rallier les couches populaires tout en abordant les problèmes sociaux et culturel ».
Vaste programme, comme aurait dit le Général.
La troisième gauche, « c’est une gauche qui veut la transformation sociale, mais qui tourne le dos aux dérives identitaires. Elle est universaliste, égalitaire, attachée à la mutation écologique mais aussi au respect de la loi, à la souveraineté populaire et à la défense de l’État-providence. Si l’on utilise les catégories de la politique française, elle reprend à la première gauche la nécessité de l’intervention publique et de la souveraineté aux frontières, et à la deuxième une démarche mutualiste et coopérative, en matière d’écologie notamment. »
Bref, si l’on est assez précis sur les moyens de réduite l’immigration sauvage (contrôles aux frontières, quotas, assurant une régulation préservant la cohésion du monde du travail), on est plus que flou sur la défense de l’État-providence et sur le maintien des acquis sociaux. Comment répondre à l’offensive apparemment irrésistible du capital ? Comment éviter de nouvelles trahisons et de nouveaux reniements dont cette Gauche dite de gouvernement a donné tant d’exemples ? Or, c’est pourtant là le nœud du problème.
Or, le chœur des bien pensants médiatiques nous présente dorénavant comme leader de cette nouvelle Gauche le citoyen Gluksmann dont on peut douter de sa propension à prendre le chemin des vraies réformes, tant il monte ses dents longues dans son désir de reconnaissance gouvernementale et, pourquoi pas, présidentielle...
[1] Cf. : Deuxième Gauche.
Messages
1. La Troisième Gauche ?, 11 septembre 2025, 07:57, par MP
J’avais cru comprendre que la deuxième gauche, c’était la gauche non-marxiste, ou pour être plus précis, la gauche d’abord non-stalinienne, puis non-marxiste. Donc une gauche qui épousait les "valeurs" de la gauche, mais ne souhaitait pas rompre avec le système capitaliste. Seulement l’aménager, le réformer. Un gérante loyale du capitalisme, comme disait Léon Blum. Ce fut une composante importante, et qui a laissé des traces historiques. On y rencontrait des chrétiens. Par exemple, les LIP à Besançon. Les LIP justement ne souhaitaient pas la révolution. Mais l’autogestion. "On produit, on vend, on se paie." Et on laisse le marché bien en place. Dans la controverse Proudhon/Marx, ils étaient plutôt du côté de Proudhon.
En période de croissance et de plein emploi, cette deuxième gauche pouvait avoir un semblant de sens, tant qu’il y avait des miettes, quelques reliefs à partager à la table du festin capitaliste. Le fameux "grain à moudre" cher à André Bergeron.
Mais d’une part la crise de la valorisation qui a débuté au début des années 70 et qui a débouché sur la financiarisation de l’économie, d’autre part la mondialisation qui s’est mise en place et qui a mis en concurrence les travailleurs du monde entier, et enfin les gains formidables de productivité engendrés par la révolution micro-informatique et qui se poursuit aujourd’hui avec la numérisation tous azimuts et l’IA, ont rendu ce modèle inopérant.
Comme l’histoire ne repasse pas les plats, on ne reviendra pas en arrière. C’est pourquoi la France vit une crise profonde et qui dure. Son modèle social est lié à une période du capitalisme révolue. La gauche non marxiste n’a plus de sens. Le marxisme n’existe plus du point de vue politique et ne se survit théoriquement que dans quelques niches universitaires. Il reste à la gauche les réformes "sociétales", en gros la libération des forces du désir et les revendications très privées - et souvent contradictoires - de mille petites chapelles. Ca tombe bien, le Capital autrefois ascétique comme l’avait relevé Max Weber, a besoin de ces forces pour fouetter les besoins consuméristes. Tel qui veut sauver la planète, encourage en même temps la production de la junk industrie en commandant des saloperies en plastique et des fringues qu’il ne portera même pas sur Shein (*) et autre Temu...
Quid d’une troisième gauche dans ce contexte ? C’est un relookage qui entretient encore davantage la confusion. Pour mémoire, Glucksmann soutenait une ligne néolibérale très claire à ses débuts en politique. Las ! c’est une écurie qui offre désormais peu de débouchés de carrière. Et pendant ce temps là s’amplifie la violence qui exprime une colère qui n’a aucune issue politique en perspective. Le spectacle lamentable des minables black-blocs et la vacuité des revendications du 10 septembre en est le symptôme.
(*) On apprend que cette société a recruté comme conseiller spécial l’ancien socialiste et ancien ministre Castaner. No comment ...