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De la fidélité trotskyste, à la française

lundi 25 août 2025, par René Merle

Avant ma retraite en 1996, et depuis deux décennies, j’étais très proche d’un autre professeur d’histoire, dont je ne partageais en rien l’engagement trotskyste dans une organisation très structurée et très théorisante, mais avec qui j’avais en commun la prise de distance avec le conformisme de la plupart de nos collègues, leur syndicalisme qui n’était qu’une assurance pour la titularisation ou la promotion, leur manque d’appétence pour des secteurs de la vie culturelle qui nous apparaissaient essentiels.
Par cet ami, je connaissais le rêve proclamé par son organisation : grève générale et manifestation monstre devant l’Élysée. Le tout préparé par des comités de base informels qui rappelaient les Soviets de la maturation révolutionnaire de 1917.
Vieux rêve léniniste du contrôle des masses par une minorité agissante dotée de la virtú chère à Machiavel, qui lui permettait de saisir l’occasion et d’intervenir pour dénouer la crise, et prendre le pouvoir, quitte à renvoyer ensuite les soviets à leur inexistence.
Romantisme révolutionnaire qui n’était pas sans réveiller chez moi le rêve éveillé de ma jeunesse : le Grand Soir et la prise du Palais d’Hiver, mais dont je mesurais évidemment la distance prise avec le réel de notre France profondément réformiste sans être le moins du monde révolutionnaire.
J’ai repensé souvent à tout cela en voyant comment l’ancien trotskyste Jean-Luc Mélenchon l’était resté à sa façon : entrisme dans le Parti socialiste, création d’un nouveau parti en utilisant d’abord les naïfs staliniens honnis avant d’en être le guide suprême, loin d’un PC réduit à l’état de groupuscule. Et maintenant je vois ressurgir le vieux slogan, « grève générale et manifestation monstre devant l’Élysée » ! Jean-Luc Mélenchon avait déjà appelé au déferlement sur les Champs-Élysées en direction du cœur du pouvoir. Mais ce flop récent ne l’a pas découragé. Maintenant, c’est à la Grève générale qu’il en appelle, prétendant se mettre au service d’un mouvement dont il est évident qu’il désire en être le guide, tout en s’appuyant sur lui pour devenir Président.
C’est évidemment la meilleure façon de faire capoter ce mouvement qu’il prétend soutenir.
Mais, au-delà, on ne peut que d’interroger sur quoi risque de nous entraîner cette fidélité politique qui, d’entrisme en entrisme, croit enfin pouvoir voir se réaliser le rêve de jeunesse et l’ambition politicienne…

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