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À propos de Bergson
jeudi 4 septembre 2025, par
Dans le récent article Un regard sur mes rencontres idéologiques, j’évoquais ma découverte de Bergson en terminale philo-lettres, avec l’étude de L’évolution créatrice (1907), (il y a bien longtemps, 1952 !
J’avais été frappé par sa définition de Dieu comme élan créateur, centre de jaillissement d’une libre vie incessante.
Je ne peux pas dire que cette découverte m’ait initialement profondément marqué. J’étais trop jeune et trop inculte pour en saisir toute l’importance.
Dans mes années d’étudiant, j’ai ensuite vécu dans un contexte politique qui ne me poussait pas à approfondir cette découverte. J’avais lu la dénonciation de l’idéologue bourgeois et conformiste Bergson par le philosophe communiste Politzer [1] à laquelle j’attachais d’autant plus de prix que je respectais profondément le destin de Politzer, résistant communiste, livré par la police française aux nazis qui le fusillèrent le 23 mai 1942 au Mont Valérien.
Les années qui suivirent me permirent de revenir à Bergson d’une façon plus positive, notamment en approfondissant son combat contre un évolutionnisme stérilement déterministe [2].
La révélation d’un ultime épisode de sa vie me bouleversa.
Né Juif dans une famille d’émigrés polonais, Bergson ne renia jamais sa judaïté, mais il s’était éloigné de son aspect religieux, au point de décider de se convertir au catholicisme.
Mais, en cette fin d’année 1940, le régime pétainiste avait imposé aux Juifs un recensement, donc chacun comprenait qu’il annonçait de terribles persécutions.
Par solidarité avec les Juifs persécutés, et alors que sa place à l’Académie française lui aurait permis de se soustraire à ce recensement, Bergson alla se faire enregistrer comme juif.
Il mourut peu après, le 3 janvier 1941.
Il y eut bien un salut formel gouvernemental lors de ses obsèques à la sauvette, et quelques lignes d’hommage dans la presse, y compris dans la très antisémite Action française. Mais le silence gêné des académiciens au moment de la mort du Juif Bergson rend d’autant plus noble l’hommage public que lui rendit Valéry [3] en ces temps où l’antisémitisme pétainiste satisfaisait enfin, dans la pratique, les vitupérations antisémites de la vieille droite française.
[1] Georges Politzer, Une imposture philosophique : le bergsonisme, 1929 .
Un extrait : « Si l’on conserve les démarches fondamentales de la psychologie classique, on voudra toujours saisir le concret en faisant subit au langage de la psychologie classique une modification de forme, mais comme on garde l’essentiel qui renferme l’abstraction, c’est à l’aide de l’abstrait qu’on veut trouver le concret. Tel est précisément le cas de M. Bergson. »
L’ouvrage est reproduit dans Georges Politzer, Contre Bergson et quelques autres : écrits philosophiques, 1924-1939 , Flammarion, Champs, 2013
Messages
1. À propos de Bergson, 4 septembre 2025, 09:45, par MP
Oui, l’attitude de Bergson fut admirable. A la même époque, Sartre n’a pas d’hésitation quand, de retour d’Allemagne, il accepte le poste d’un professeur révoqué pour sa « judéité ». Ce qui ne l’empêchera pas, quelques années plus tard, de donner des leçons de morale à tout le monde. Sa résistance fut grande, dans son écriture ...
2. À propos de Bergson, 4 septembre 2025, 18:01, par Pierrot
Pour reprendre une métaphore de René : des logiciels plus ou moins éloignés les uns des autres peuvent se croiser avec bonheur. J’espère en tout cas ne pas trop divaguer en imaginant une telle réalité, un tel réel. Pierrot.