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De la mutation anthropologique actuelle

mardi 7 octobre 2025, par René Merle

Au regard de mon expérience personnelle, je risque quelques réflexions sur un sujet traité par d’innombrables auteurs contemporains, essayistes, sociologues, philosophes, psychanalystes, (Jean-François Braunstein, Christopher Lasch, Jean-Pierre Lebrun, Charles Melman, Jean-Claude Michéa, Eric Sadin), auxquels j’ai souvent fait référence sur ce site et auxquels j’emprunte, naturellement, et à bien d’autres que vous pouvez découvrir, comme Patrick de Neuter.

Conscience communautaire et devoirs de l’individu ?
Je ne dirai pas que « avant c’était mieux », mais que, à l’évidence, avant c’était différent.
Jadis, la vie collective se soutenait d’une évidence, si fermement intériorisée par chacun depuis la naissance qu’elle apparaissait comme absolue.
C’est d’elle que tout individu recevait et acceptait les limites imposées à sa liberté.
Et même la transgression ne pouvait effacer cette rude prégnance verticale, nommée Dieu pour le plus grand nombre, ou, pour les autres, morale laïque souvent génératrice d’un engagement tout aussi contraignant, sinon plus, car il ignorait tout jésuistisme.
Au terme de la vie, je ne peux, ni ne veux, bien sûr, me départir de cette morale laïque tombée d’en haut, mais incarnée, qu’il était facile de retrouver dans ce bon sens populaire que l’on a appelé depuis la Common Decency chère à George Orwell : respect des autres, solidarité, honnêteté, loyauté…
Common Decency plus que menacée aujourd’hui, dans notre société « libérale », par l’idéologie dominante de de l’individu « libre », dont le désir doit se transformer en satisfaction immédiate et illimitée de la jouissance, pour laquelle l’Autre, loin d’être l’enfer n’est qu’un instrument de plaisir sans cesse renouvelé.
À l’image de l’infinité des marchandises proposées et constamment convoitées, rien ne comblera désormais ce consumérisme dévorant de l’Autre-Objet.

Certes, au regard de notre présent, pour nos lointains ou plus proches antécédents, le système qui assurait la transmission des règles de la vie en commun n’avait rien d’idéal : patriarcat oppresseur, infériorisation de la femme, répression du sexuel, etc. Mais du moment qu’il fonctionnait comme une évidence à laquelle il était difficile, voire criminel, d’échapper, il s’imposait sans peine dans le processus d’identification qui est notre lot commun.
« Avant », l’identification était toujours, comme encore aujourd’hui, à la fois verticale et horizontale. À l’identification parentale « verticale » s’ajoutait l’identification « horizontale » proposée par le milieu. D’où le thème éternel que, malgré le dicton « tel père, tel fils », les enfants étaient différents de leurs parents, du fait de l’air du temps perpétuellement renouvelé.
Mais enfin, l’identification verticale primait, en un temps où l’enfant, puis le jeune homme et la jeune fille, demeuraient le plus souvent enclos dans le milieu social et idéologique de leurs parents, malgré les progrès de l’ascenseur social lié à l’instruction publique obligatoire.
Aujourd’hui, dans le déferlement d’informations auquel l’individu est quotidiennement soumis, la vérité ne vient plus guère du vertical [1], mais bien de l’horizontal, dans un mimétisme grégaire auquel cet individu se prête avec délices. Il s’agit alors d’une communauté absolument fictive, qui nie les possibilités d’héritage positif, et unifie les possibilités de réalisation personnelle dans l’obéissance à « l’air du temps ». Le tout dans une confusion générationnelle où les adultes se veulent des jeunes éternels, et où bien des parents, qui devraient être dispensateurs de repères et de limites, se bornent à être « les amis » de leurs enfants adolescents…

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