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Lamentations sur la langue française
mercredi 15 octobre 2025, par
Je viens encore de lire des lamentations sur la langue française qui s’en va, dans la dégradation de son enseignement, le laxisme des media audiovisuels, la propension des soi-disant classes supérieures à lui préférer l’anglo-américain, l’interférence d’une immigration non assimilée, et j’en passe.
Si une langue est à l’évidence un bien commun qui doit nous permettre de communiquer au présent, elle est aussi l’aboutissement provisoire d’une très longue évolution qui, malgré la scolarité obligatoire, semble échapper au plus grand nombre. Peu me chaut des étapes antérieures de la langue française…
Et certes, l’on peut parfaitement vivre et communiquer sans appréhender cette évolution. Ce que je regrette beaucoup, non pas que l’on vive, mais que l’on pense sa vie au présent dans une langue reçue en évidence immuable. Encore que chaque génération ait cru, ou su, se différencier des précédentes par des néologismes et des tournures de phrases qui lui étaient propres. LOL !!!
Dans ma jeunesse, il n’existait pas de lycée dans ma petite ville, et mes parents n’envisageaient pas de me faire faire le long et fatigant aller-retour quotidien vers le lycée de la grande ville voisine, puisque notre collège était à cinq minutes de marche. Je me suis donc retrouvé au lendemain de la Libération dans un de ces collèges que l’on qualifiait de moderne, où, modernité oblige, l’on n’enseignait pas le latin.
J’ai toujours regretté de ne pas avoir eu un apprentissage juvénile de cette langue mère de la nôtre.
Mais dans mes années d’étudiant, j’ai eu la chance d’être initié au français médiéval, dont j’ai toujours plaisir aujourd’hui à fréquenter la familière étrangeté [1].
Cf. : Vieux français ou Jeune français ? La Chanson de Roland.
Pendant plusieurs siècles, à travers son impressionnant foisonnement dialectal, il a été le moyen de communication naturel de la France dite d’Oil, et, même pour qui ne veut pas le voir, il demeure en filigrane de l’aboutissement actuel.
J’emploie peut-être à tort le terme d’aboutissement, car ce retour sur la naissance de la langue française nous signifie que si, d’étape en étape, on en est arrivé au français d’aujourd’hui, il n’est pas exclu, loin de là, que son évolution s’arrêtera.
De même que pendant longtemps (avant le smartphone), le commun des mortels a tenu à conserver dans l’album de famille les photos des temps révolus, il ne serait peut-être pas mauvais que nous ayons à la disposition du plus grand nombre un album linguistique des âges successifs, à feuilleter avec émotion et respect, sans faux exotisme intérieur ni nostalgie saugrenue.
Messages
1. Lamentations sur la langue française, 24 octobre 2025, 03:17, par MP
Entendu hier sur France Culture : le syndrome de ouerter, en référence aux Souffrances du jeune Werther, dont, à l’évidence, la journaliste n’a jamais entendu parler, et qu’elle prononce à l’anglaise. Petit détail qui en dit long sur l’inculture abyssale du nouveau personnel de cette radio publique et sur sa manie de tout rapporter à l’anglais.
Si vous ne placez pas trois mots anglais par paragraphe, à coup sûr vous êtes ringard.
Arnaud Laporte présente ainsi son émission Comme un samedi (en écriture inclusive comme il se doit) :
Quel sabir ! Au fait, peut on concevoir une parole qui ne soit pas live ?