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De la mutation communiste.
samedi 15 novembre 2025, par
Je sais que l’histoire et le présent du Parti communiste français n’intéressent guère la plupart des lecteurs de ce site, mais je propose ces quelques lignes à ceux qui, comme moi, ont connu le Parti communiste avant « la mutation » de Robert Hue.
En écho à l’article : Une des leçons de la fête de l’Humanité
Après la dissolution par Marx en 1852 de sa Ligue des communistes [1], et dans le sillage de la toute jeune social-démocratie allemande qu’il parrainait, ce sont les partis socialistes inspirés du marxisme qui ont connu un bel essor réformiste jusqu’à la catastrophe de 1914-1918. Mais ces partis soutinrent la guerre impérialiste menée par les gouvernements de leurs pays, et se trouvèrent donc dans des camps opposés. Ils le payèrent après 1918 par des scissions et la naissance de partis communistes révolutionnaires inspirés de la révolution bolchevik, partis communistes pourfendeurs du réformisme et de la « collaboration de classe » des vieux partis socialistes. Mais la vague révolutionnaire communiste de 1919-1921 fut brisée par une répression violente en Allemagne, Hongrie et Italie [2]. Par la suite, jusqu’à la guerre de 1939-1945, ces jeunes partis communistes ne parvinrent pas à s’implanter dans les pays capitalistes avancés : immédiatement extirpés par la violence d’État aux États-Unis, largement dominés par les socialistes réformistes dans les autres.
Mais le Parti communiste français, initialement isolé par sa radicale politique « classe contre classe », retrouva provisoirement de la vigueur dans l’union antifasciste socialistes-communistes de 1934 et son aboutissement le Front populaire. Sa fidélité à l’Union soviétique entraîna son interdiction par ce qui demeurait de la majorité parlementaire Front populaire, en 1939.
Aux lendemains immédiats de la seconde guerre mondiale, alors que le communisme était imposé par la force aux pays satellites de l’URSS (sauf en Tchécoslovaquie), alors que la révolution communisme triomphait victorieusement en Chine, l’Europe occidentale ne connut que deux partis communistes de masse, en Italie et en France.
De ces deux partis, le premier s’est suicidé, l’autre poursuit une existence presque groupusculaire.
En effet, le très puissant Parti communiste italien, décida de sa dissolution devant le double constat de l’échec de l’expérience soviétique et l’impossibilité de promouvoir un changement radical de progrès social dans un pays corseté par le tabou américain et clérical : on ne touche pas à l’ordre des choses, sinon gare…
Cf. : À propos de l’assassinat d’Aldo Moro. Le menaçant versant obscur de l’Italie.
A contrario, le Parti communiste français a choisi de violer le tabou étatsunien de « Pas de communistes au gouvernement » en réalisant enfin l’Union de la Gauche pour laquelle il œuvrait depuis longtemps. Il y eut donc des ministres communistes sous le premier septennat de Mitterrand (1981-1995), puis dans le gouvernement de la gauche plurielle du socialiste Jospin(1997-2002). Devenu un parti comme les autres de par cette participation qui le sortait d’un isolement total, le Parti communiste était donc associé aux yeux de l’opinion à une politique de progrès sociétaux mais de brutale régression sociale. Il y perdit son âme, et son électorat (solides 25% aux difficiles temps de la guerre froide) fondit comme neige au soleil.
Alors que les Belles Âmes le sommaient de suivre l’exemple italien, après bien des hésitations, le Parti communiste français choisit alors de garder son nom, tout en changeant la bannière à la faucille et marteau. Et surtout en procédant à un remue-ménage idéologique qui lui fit abandonner ses principes bolcheviks (parti guide, centralisme dit démocratique) dans une condamnation absolue a posteriori du stalinisme et un tour de passe-passe par lequel il se rendait vierge de sa fidélité passé à l’Union soviétique. Ce qui était d’autant plus facile que l’Union soviétique avait disparu.
En 1995, avec la fameuse « mutation » de Robert Hue, (devenu aujourd’hui macroniste de l’ombre), le Parti n’était plus celui de la classe ouvrière et de la lutte des classes, il devenait le Parti « des gens », dont l’horizon était un assez fumeux dépassement du capitalisme vers « une société conçue comme une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (Robert Hue dixit).
Dans la longue expérience Mitterrand-Jospin, le Parti communiste s’était fait plumer par le social-libéralisme du parti socialiste. Puisque le Parti s’engageait dans la voie du socialisme libéral, beaucoup d’électeurs décidèrent de préférer l’original socialiste à la copie communiste.
La longue plage de désillusions qui accompagna le double septennat Mitterrand, puis le gouvernement de la gauche plurielle du socialiste Lionel Jospin fut marquée par la forte progression électorale du Front National, par l’augmentation de la masse des abstentionnistes et par le désarroi de ceux qui croyaient encore au progrès social.
L’apparition d’un groupuscule dissident du parti socialiste, le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, par son verbiage révolutionnaire, capitalisa rapidement la déception de ceux qui ne se résignaient pas au triomphe du néo libéralisme. Jouant de la carte unitaire, ce minuscule Parti obtint l’alliance du Parti communiste qui concéda à son leader Jean-Luc Mélenchon le rôle de candidat à l’élection présidentielle, en lui fournissant parrainage d’élus et mobilisation militante.
Le progrès de ce « mouvement gazeux », comme le définissait Jean-Luc Mélenchon, fut fatal au peu qui demeurait de l’électorat communiste. Une fois de plus, les électeurs avaient préféré l’original à la copie.
Ainsi, dans la France d’aujourd’hui, en crise politique et sociale, loin de se matérialiser, le « spectre du communisme » semble revenu à l’état d’ectoplasme toujours en vaine attente de renaissance. La direction communiste est écartelée entre la tentation de faire cavalier seul dans un retour aux sources, et une énième version de la gauche plurielle, gauche elle-même écartelée entre l’affirmation radicale de LFI, et les ambitions gouvernementales de compromis d’un PS auto-proclamé comme seul « parti de gouvernement » possible.
L’avenir nous dira si de cet immense gâchis pourra quand même naître un véritable mouvement de progrès démocratique et social.
[2] Vous trouverez sur ce site de nombreux développements concernant la situation dans ces pays entre 1918 et 1921.Voir les mots clés ainsi que Regards sur l’année 1919 - II - de Juillet à décembre et Regards sur l’année 1919. - I - Janvier à Juin.
Messages
1. De la mutation communiste., 15 novembre 2025, 09:04, par Pierrot
A cet utile et judicieux et nécessaire rappel d’historien, j’ajouterais volontiers un volet historico-économique : l’histoire condensée, ou un rappel de même, des divers modes de production et d’échange, leurs naissances, leurs développements et leurs morts au profit de nouveaux, et du nouveau dans lequel nous sommes qui bat bien de l’aile sous et sur tous les plans, et qui pose la question d’en changer. Amitié. Bonne Santé.