Accueil > Religions, croyances > À propos du protestantisme

À propos du protestantisme

lundi 13 octobre 2025, par René Merle

Ce n’est pas sans émotion que fin août j’avais écho du rassemblement annuel des protestants réformés dans les Cévennes à l’Assemblée du Désert
J’ai toujours profondément respecté ce Protestantisme réformé qui dégagea l’homme de la soumission infantile et proposa une religion de la responsabilité personnelle. Et j’ai également toujours eu un faible pour les persécutés (non sans savoir qu’ils peuvent à leur tour devenir persécuteurs [1])
Du coup, j’ai regardé une fois de plus le superbe film de Patrice Chéreau, La Reine Margot [2], en pensant à ces terribles Guerres de religion qui ensanglantèrent la seconde moitié de notre XVI° siècle.
Et il m’est revenu cet énigmatique propos de Montaigne, contemporain et parfois participant de l’horrible guerre civile :
« Ce sera beaucoup si, d’icy à cent ans, on se souvient en gros que, de notre temps, il y a eu des guerres civiles en France [3]. »
En fait, l’horrible Saint Barthélémy, qui est le nœud du film de Chéreau, n’a cessé de susciter des passions. Au dégoût devant cet ignoble massacre répondait la nécessité de maintenir un État fort. Le monarchiste Balzac, par exemple, approuvait la décision meurtrière de Catherine de Médicis [4].
Et plus largement, de génération en génération, la mémoire de ce conflit religieux (mais porté par des ambitions politiques et des intérêts de classe,) n’a jamais disparu, même si apparemment elle est occultée. Elle demeure en filigrane bien visible pour qui sait déchiffrer le passé.
Car, au-delà de la lutte pour la très nécessaire liberté de conscience, c’était toute une conception de l’État qui est engagée là. La France, ravagée par les combats, les pillages, et les exactions de toutes sortes [5], a été à deux pas de se retrouver scindée en deux États, à la division territoriale bien tranchée [6].
En accédant au trône, Henri de Navarre permettait de souffler à une France exténuée, dont il assumait l’unité, tout en assurant au Protestantisme une existence légale
Louis XIV s’empressa de ruiner ce fragile édifice. Dans une société de droit divin : « un roi, une foi », le Roi-Soleil voulait briser tout ce qui pouvait mettre en péril l’unité de l’État et la toute-puissance du Souverain. Le protestantisme étant considéré comme une État dans l’État. La révocation de l’Édit de Nantes fut une catastrophe, qui obligea à émigrer tant de protestants aux capacités avérées dont profitèrent bien des pays étrangers [7], jusqu’en Afrique du Sud [8].
On ne dira jamais assez combien la grande Révolution, souvent vilipendée aujourd’hui, a surmonté ce problème de l’unité de l’État et de l’obéissance à la Loi, en accordant tous leurs droits de citoyens aux Protestants et aux Israélites, en en faisant des Français comme les autres, sans communautarisme générateur de pressions sur l’État.
En gratitude, et en claire démarcation avec l’église catholique qui ne cessa de vouloir s’imposer à l’État, jusqu’en 1905 (et quelquefois après), ni la communauté protestante, ni la communauté juive n’ont tenté d’imposer leur loi au-dessus de la Loi de la Nation.
Il fallut aux très rares protestants réformés qui se reconnurent dans l’Action française [9] une bonne dose de masochisme. Maurras, en effet, ne cessa de stigmatiser les quatre corps étrangers, l’Anti-France, qui, si on n’y mettait pas le holà, désagrègeraient la Nation : Juifs, Francs-Maçons, Métèques, Protestants.
On sait comment le pétainisme s’employa à régler leur compte aux trois premiers. Le cas du protestantisme fut différent, dans la mesure où l’église réformée se rangea initialement, comme la plupart des Français, dans le camp du Maréchal [10]. Mais, et c’est tout à son honneur, elle prit plus que ses ses distances avec la persécution des Juifs en 1941.
Nous sommes depuis peu entré dans une ère nouvelle où se pose de façon différente le rapport d’une communauté religieuse à la Loi de l’État.
Le problème se pose aujourd’hui d’une aile radicale et politique de l’Islam (fort minoritaire heureusement mais en progrès) qui ne cache pas son désir d’imposer sa loi au-dessus de celle de l’État.


[1Cf. par exemple Michel Servet et la fin de Jacques Jacob Malan. .

[3Montaigne, Essais, Tome second, Ch. 16, « De la gloire »

[4Cf. : [3761].

[5Pour ne m’en tenir qu’à la ville où je demeure, le grand humaniste et théologien protestant Théodore de Bèze (1519-1605) a évoqué ainsi, en 1580, dans l’interminable énumération des crimes commis par les catholiques exaltés contre leurs compatriotes protestants, cet événement toulonnais (Je cite d’après Histoire ecclésiastique des Églises réformées au Royaume de France, Tome troisième, Lille, Marzial, 1842)
« Toulon. Jean Lordon, médecin, pris en sa maison, jeté par les degrés, traîné par la ville, battu et frappé à coups de pierres et bâtons, puis brûlé. François Volant, mené hors la ville, traîné, tué et brûlé. François du Mas, traîné et lapidé vif et brûlé par les enfants, ayant contraint son propre fils, le 15 de mai 1652, à ce faire. Henry de la mer, prêtre, tiré des prisons, traîné par la ville, blessé d’un coup de pistole, fut achevé de tuer à coups d’épée et de dague, puis brûlé ».

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.