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À propos de la censure. De la nature du Parti socialiste

samedi 18 octobre 2025, par René Merle

Quand j’étais ado (je suis né en 1936), je vivais dans un milieu communiste où j’entendais répéter : « les socialistes sont des sociaux traitres, ils ont trahi le Cartel des Gauches en 1924 en renonçant à affronter le fameux Mur de l’argent, ils ont trahi le Front populaire dès 1937, et aujourd’hui ils sont vendus à l’atlantisme. Nous n’avons rien à voir avec les dirigeants socialistes, mais nous ne renonçons pas à l’union à la base avec les travailleurs socialistes », car, j’ajoute, il y avait encore des travailleurs socialistes.
Puis, à l’âge de 20 ans, j’ai vécu le trauma du reniement du gouvernement socialiste de Guy Mollet : élu sur la promesse d’un règlement rapide et pacifique de la question algérienne, il craque devant des manifestants hostiles à Alger, et utilise ses pleins pouvoirs (que les communistes avaient voté) pour intensifier la guerre sous toutes ses formes, y compris celles violant les droits de l’homme, au nom de l’efficacité.
1956 - Pouvoirs spéciaux
Cet épisode m’a éclairé sur la vraie nature du Parti socialiste, et m’a ensuite laissé plus que suspicieux devant l’expérience Mitterrand, comme devant l’expérience Jospin, le champion des privatisations (Mélenchon étant un de ses ministres).
Je vous renvoie à ma rubrique Socialistes français depuis 1925
Mais, me diront les plus jeunes de mes lecteurs, s’il en reste, qu’avons-nous à faire de ces étiquettes d’un autre temps, « sociaux-traitres », etc. La question d’aujourd’hui était seulement de savoir s’il fallait à nouveau voter la censure.
Les socialistes ont cru plus sage de ne pas la voter, puisqu’ils avaient obtenu la suspension de la réforme des retraites jusqu’à l’élection présidentielle (attention, suspension n’est pas suppression) et qu’ils escomptaient d’autres concessions gouvernementales. Ainsi le pays, qui commençait à en avoir plus que marre, va pouvoir souffler, dans une succession de compromis pacificateurs.
On peut d’ailleurs légitimement penser que les socialistes n’avaient aucunement envie d’une censure qui entraînerait automatiquement de nouvelles élections. Or les socialistes élus en 2022 l’avaient été dans l’application essoufflée du fameux Front Républicain. Tous unis au second tour derrière le candidat faisant front au RN. Dans de nouvelles et immédiates élections, la plupart des élus socialistes actuels font vite leur calcul. Ils ne pourront plus compter sur les électeurs de la France insoumise, voire du PC et des écolos, et ils ne retrouveront pas leurs sièges. Offrir un répit au gouvernement Lecornu c’était aussi offrir un répit au PS.

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