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Questions de mémoire, encore

mardi 18 novembre 2025, par René Merle

Dans un article récent, j’évoquais De la mutation communiste..
Mais qui se souvient encore du communisme aujourd’hui ? Et même, pour les plus jeunes, qui connaît le mot ?
Rien d’étonnant dans une société où, pour le plus grand nombre, la frénésie du présent a supprimé tout intérêt réel pour le passé.
Je reviens à ce propos sur cet énigmatique prédiction de Montaigne, plusieurs fois citée sur ce site [1]
« Ce sera beaucoup si, d’icy à cent ans, on se souvient en gros que, de notre temps, il y a eu des guerres civiles en France [2]. »
Le contemporain, et parfois l’acteur des guerres de religion qu’était Montaigne semble ne se faire aucune illusion sur la mémoire historique de ses descendants.
Et de fait, la mémoire des tragiques années 1560-1590 était bien peu évoquée au XVIIème siècle.
Ce trou de mémoire à propos des guerres civiles de la seconde moitié du XVIème siècle peut-il s’expliquer parce que ces événements n’étaient pas si importants que cela en définitive, comme semble le penser Montaigne, ou parce que les Français, par nature, oublient facilement. Un héritage de légèreté et d’insouciance dû à nos racines gauloises.
Je ne penche évidemment pas pour aucune de ces explications. L’occultation des guerres de religion, qu’avait prévue Montaigne, a surtout tenu au fait que la plaie étant apparemment suturée, personne ne tenait à la rouvrir. Jusqu’à ce que, fin XVIIème, le Roi-soleil veut extirper ce qui reste du protestantisme, et que, pour les Lumières du siècle suivant, la cause du protestantisme apparaisse celle de la liberté d’opinion ?
Pour revenir sur cette acceptation de l’oubli qui serait propre au peuple français, je reviens sur un exemple bien plus récent :
Le 17 juin 1941, célébrant le premier anniversaire de sa prise de pouvoir, et constatant l’effritement du consensus populaire de 1940, Pétain déclarait dans une allocution radiodiffusée : « Français, vous avez vraiment la mémoire courte ! »
Il faisait ici référence au passé immédiat du Front populaire, et au « péril rouge » dont le bon papy aurait sauvé notre peuple [3].
L’accusation politicienne n’a évidemment séduit que les inconditionnels du Maréchal.

Et aujourd’hui ? Quid de l’oubli du passé, ou plutôt de l’ignorance crasse du passé ?
Les Français, dans leur immense majorité, ont reçu une scolarité où l’enseignement de l’histoire tenait bonne place. Mais il semble bien, que pour beaucoup, passée l’interro et passé l’examen, ce qui a été appris, par force, s’efface aussitôt.
Nous constatons aujourd’hui une effrayante ignorance de l’histoire, de son déroulement, de ses dates clés, de ses personnages majeurs.
Et pourtant, pour nous en tenir à la télévision, des chaines comme Arte et la 5 apportent régulièrement une documentation sérieuse.
Mais cela ne semble guère imprimer, comme on dit aujourd’hui. Sinon que bien des Français soi-disant éduqués s’en tiennent à répéter des poncifs dont le vrai sens leur échappe, et mettent dans le même sac Hitler et Staline, et l’homme de Cromagnon avec l’homme de Néandertal. Quelle importance en définitive, sinon quelques justifications de prises de position politiques conformes à l’idéologie dominante.
On en regretterait presque le bourrage de crâne du Roman national sous la Troisième République.
Restent pour le bon peuple, jugé bon public, les festives reconstitutions médiévales à la con, et les spectaculaires manipulations historiques du Puy du Fou, voire, pour l’intelligentsia, les mises en scène à décoder comme celle du cheminement sur la Seine au moment des JO.


[2Montaigne, Essais, Tome second, Ch. 16, « De la gloire »

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