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De la révolte à l’organisation ?

vendredi 21 novembre 2025, par René Merle

Cf. Un exemple de mémoire oubliée, XIVème siècle

Je sais que ça fait très ringard d’essayer d’éclairer la situation présente par des références anciennes, a fortiori si elles sont communistes, mais l’éparpillement stérile de de ce qui, à tort, est encore appelé la Gauche, et la stérilité des entreprises de regroupement « à la base » m’incite vraiment à essayer d’y voir plus clair. C’est pourquoi, à propos d’organisation, j’ai relu Que faire ? de Lénine, 1902 [1], non pas comme un mantra, mais comme une source d’inspiration. Pour Lénine, sans un parti, le prolétariat est condamné à demeurer un agrégat syndicaliste, sans perspectives révolutionnaires [2].
Je traitais rapidement en effet, dans l’article Du rapport des catégories sociales à ce qu’on appelle communément l’information, de l’inanité de la révolte si elle n’est pas prolongée par une organisation.
Depuis les désormais traditionnelles émeutes urbaines, depuis les Bonnets rouges, puis les Gilets jaunes, et j’en passe, combien de protestations violentes ont dû s’apaiser, avec quelques miettes reçues, sans que la situation tourne définitivement à leur profit. La situation des jeunes des banlieues ne s’est pas plus améliorée que celle des Français accablés de la France dite périphérique.
D’aucuns ont avancé qu’il a mieux valu que ces révoltes n’aient pas été récupérées par un appareil politique qui les aurait encore plus stérilisées, en les coupant de leur enracinement fécondant.
Allant plus loin, d’autres avancent même que, récupération ou pas, la formule « Parti » est devenue irrévocablement obsolète, qu’il ne s’agit plus que d’appareils voués à leur propre reproduction, sans prise effective sur la réalité.
Et quelques-uns ont essayé de prouver, dans le tour de passe-passe du « mouvement gazeux » cher à Mélenchon, qu’il était définitivement nécessaire d’abandonner quelconque référence à un parti organisé, tel qu’on le concevait traditionnellement, au profit d’une secte informatique tenue par un noyau absolutiste.

Pour ne considérer que la formule « Parti » dans une perspective dite de gauche, il est nécessaire de rappeler, même si cela apparaît aujourd’hui préhistorique, que les socialistes puis les communistes français se sont proclamés partis de la classe ouvrière.
De sa naissance ((1905) à sa mutation (1969), le Parti socialiste s’est appelé SFIO, Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO).
Et le Parti communiste, né en 1920 d’une scission dans l’Internationale ouvrière, s’est appelé SFIC (section française de l’internationale communiste), tout en revendiquant le titre de Parti par nature de la classe ouvrière. Jusqu’à ce qu’avec la « mutation » de Robert Hue, il abandonne le rôle de « guide » du prolétariat pour devenir le parti au service des « gens ».
Mais de toute façon, sauf pour des militants aveugles, c’est devenu une banalité que ce qui demeure de la classe ouvrière, bien sûr toujours soumise à l’extorsion de la plus-value, est totalement intégrée au système. Elle n’est qu’une classe subalterne sans vertu révolutionnaire. Elle aspire l’ensemble au plein emploi, et à des services sociaux gratuits, et parfois elle sait le revendiquer.
Sans nier le moins du monde la réalité des composantes ouvrières, salariées et prolétariennes de la population, il fait bien convenir de l’importance décisive des complexes Classes moyennes [3], aujourd’hui pour une part (mais une part seulement) en crise devant l’érosion rapide de leurs espérances de promotion sociale pour leurs enfants.
Quelles organisations sont-elles à même d’orienter les frustrations de ces couches moyennes ? Comment peuvent-elles proposer de nouvelles manières d’organiser le champ politique ?
Le Think Tank socialiste, on le sait, avait abandonné les classes populaires au profit des classes moyennes urbaines, cultivées et progressistes, en pensant que le Parti socialiste était leur porte-voix naturel. N’étant pas à court de palinodies, dans un revirement récent, il fait un retour sur les couches populaires pour sauver « la gauche ».
De son côté, et depuis bien longtemps, Jean-Luc Mélenchon (avant de se corriger quelque peu) croyait avoir trouvé la solution. Plus de classes moyennes, plus de classes populaires : le Peuple. Et naturellement, son leader [4].
Chacun à leur façon, Robert Hue avec ses « gens » et Mélenchon avec son « peuple », effleurent une vérité, mais la stérilisent en fait en n’introduisant aucune distinction de classe.
Or cette distinction est bien la clé de la réponse à la question : « Où penchera la middle class ? » [5]

Et pour réviser votre anglais, un peu de Shakespeare :
Hamlet, des signes annonciateurs du désastre

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