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Souvenirs : antiaméricanisme et soft power étatsunien

samedi 20 décembre 2025, par René Merle

Les Belles Âmes qui depuis si longtemps avaient les yeux de Chimène pour le protecteur étatsunien n’en reviennent pas. Trump nous abandonne et méprise… Ses dernières déclarations justifient cette vieille méfiance à l’égard des USA que nos élites vilipendaient en la traitant d’antiaméricanisme primaire.
Ce qui m’incite à radoter sur mes souvenirs de prime jeunesse (je suis né en 1936), soit des lendemains de la Libération au milieu des années cinquante, dans le contexte de l’atlantisme et de la guerre froide.
Au sortir de l’enfance, que de confusions devant ce que je ressens de la nouvelle donne, après quatre années de pétainisme où tout ce qui venait d’outre atlantique était honni, et au lendemain d’une Libération à laquelle les GI’s avaient si activement contribué, non sans nous avoir préalablement pendant des mois soumis à des bombardements meurtriers, visant l’occupant nazi, mais sacrifiant aussi la population civile.
Mon père était communiste. Je me souviens de son irritation quand j’avais ramené un numéro du feu Reader’s digest, que m’avait passé un copain.
On ne buvait pas de vin chez moi, ou si peu, trempé d’eau. Mais je lisais dans la presse de mon père l’apologie du bon vin de chez nous contre l’invasion du Coca Cola. Tout en constatant que les copains faisaient un accueil chaleureux à l’envahisseur.
Mon père pestait contre l’invasion du cinéma étatsunien suscitée par les accords Blum Byrnes de 1946 [1], mais Hollywood triomphait, et ma mère lisait en loucedé les magazines sur les belles stars américaines.
On rejetait la Série Noire au profit du très rassurant Masque, alors que Vian triomphait après 1946 avec J’irai cracher sur vos tombes.
En 1947, Mauriac était implacable sur la littérature étatsunienne [2] mais les romans US contestataires tenaient le haut du pavé, et je les découvrais au temps de mes 15 ans.
Au grand dam de mon père, le jeans triomphait, et j’avais rudement envie d’en avoir un.
J’entendais opposer le bon vieux musette de chez nous au jazz apporté par nos libérateurs. Mais je n’avais vraiment pas l’âge de danser le Be-Bop.
Quelques années plus tard, j’ai pu mesurer que l’engouement dit élitiste pour le jazz pénétrait le milieu ouvrier éduqué. Combien d’amis des Chantiers navals filaient le week-end vers les festivals jazz de la côte d’Azur. En arrivant plus tard au service militaire, je rencontrais des spécialistes chevronnés du jazz contemporain chez tant d’ouvriers de l’Arsenal de Toulon versés dans mon unité...
Et dans cet amical milieu communiste, où l’on nous abreuvait de "Parade des sports" soviétiques et autres terribles films de guerre sur l’Arme rouge, aucune influence culturelle véritable ne venait de l’Union soviétique.
Bon, pour clore le chapitre de ce tropisme étatsunien d’antan, (faut-il l’appeler alinéation ?), en guise de clin d’œil, j’écoute à nouveau le Napolitain Renato Carosone de 1956 :
Tu Vuò Fa L’Americano.


[1] Je reviendrai peut-être sur ces accords signés par le président du conseil socialiste Léon Blum, qui furent alors reçus sur sa gauche comme un abandon de plus du Parti socialiste

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