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Bal chez Temporel

samedi 10 janvier 2026, par René Merle

J’étais hier près de ma fille, dans la grand-salle de l’Ehpad où elle se survit. Tout était calme. La boite à musique diffusait du musette, puis ce fut Guy Béart, et, en bouffée de nostalgie, ce Petit bal chez Temporel que j’avais entendu pour la première fois sur mon petit poste, lors de sa sortie en 1957. J’avais 21 ans.
https://youtu.be/oK9piEnd_mo?si=hxS8NwPomHLXiXWG

Messages

  • "Aux bonheurs qui sont passés par là" dans "Le petit bal perdu".

  • Oui. Très belle chanson. Le texte est du poète André Hardellet. Qui se souvient de ce nom ?
    Recherches faites, le disque serait sorti en 1958. Vrai ?
    Dans ces années-là, la chanson française est à son plus haut. Et les chanteurs, qui sont eux-mêmes souvent poètes, n’hésitent pas à mettre en musique les poètes, parfois leurs contemporains. Du même Guy Béart, on connait La chabraque, sur un texte de Marcel Aymé.
    Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Paul Fort, mais surtout Aragon vibrent sur les microsillons. Ferré fait découvrir le poète médiéval Rutebeuf, en trafiquant un peu ses textes. Brassens découvre sur les quais un poète parfaitement inconnu, Antoine Pol, qui lui donne l’occasion d’écrire sa plus belle chanson : Les passantes.
    Tout cela a disparu. Comme chantait le regretté Julos Beaucarne (avec cette différence qu’aujourd’hui le chanteur mécanique s’appelle internet) :

    Mettre une thune dans l’ chanteur mécanique
    Vas-y, Frédéric
    Au bistrot du coin
    Le p’tit rond tourne, c’est vraiment très pratique
    C’est beau l’électronique
    Edison, merci bien

    Parfois, c’est une bande de coyotes
    Qui chante et crachote
    Des sons qui rapportent
    La machine grince et cahote
    Y a rarement des gavottes
    Mozart est à la porte

    Où sont les bardes, les troubadouriens
    Qui couraient les chemins
    Avec leurs mandolines ?
    Ils sont réduits à vivre comme des chiens
    Et sont comptés pour rien
    Ils courbent l’échine

    Avant eux, on voit les dompteurs
    Les montreurs de filles et les montreurs d’ours
    Les gens n’écoutent plus qu’avec les yeux
    Bouge donc un peu, mon vieux
    Tu seras coté en bourse

    Les inventeurs, les p’tits artisans, les indépendants
    N’ font plus qu’ des cul-blancs
    Ils deviennent des p’tits fonctionnaires
    Vivent une vie d’ pépères
    Leurs rêves sont en l’air

    Car les écus aussitôt venus
    Sont vite perdus
    Les idées s’envolent
    Les percepteurs commencent par le beurre
    Puis étouffent le cœur
    Le génie s’étiole

    Les Ronsard qui vivent aujourd’hui
    Vont voir si leur rose en papier se fane
    Leurs mijaurées sous leur parapluie
    Font des minauderies
    Leur cœur est en panne

    Où est donc la vieille liqueur, la pierre philosophale, la douce ambroisie
    Les arbres inventent heureusement toujours
    Leurs feuilles aux beaux jours
    Pour eux, c’est ça la vie

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