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Fugain, le chiffon rouge

dimanche 15 février 2026, par René Merle

Désolé, ringard de chez ringard, de vous renvoyer une fois de plus au passé, en l’occurrence les années 1970 de ma quarantaine. Années où politiquement basculèrent mes convictions et mes espérances.

Dans les années 1970, si riches en succès populaires de la chanson française (Balavoine, Dassin, Delpech, Gainsbourg, Nicoletta, Nino Ferrer, Sardou, etc.), le trentenaire Michel Fugain (connu déjà comme auteur de mélodies pour artistes connus, et pour son « Je n’aurai pas le temps », 1967), apporte avec son Big Bazar (créé en 1971) une note originale, grandement marquée de l’esprit hippie post soixante-huitard. Il enchaine les succès, notamment « Une belle histoire » 1972, « La fête » 1974, « Fais comme l’oiseau » 1974, qui marquent profondément l’imaginaire de l’époque.
L’aventure du Big Bazar se termine en 1976 et Fugain continue avec "la Compagnie".
À la surprise de beaucoup, en juin 1977, le doux Fugain crée « Le chiffon rouge », sur des paroles de Maurice Vidalin.
https://youtu.be/k5zhoWoiiKw?si=wxB-gBZ-E0I061MZ

Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge
Une fleur couleur de sang
Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge
Lève-toi car il est temps
Allons droit devant vers la lumière
En levant le poing et en serrant les dents
Nous réveillerons la terre entière
Et demain, nos matins chanteront
Compagnon de colère, compagnon de combat
Toi que l’on faisait taire, toi qui ne comptais pas
Tu vas pouvoir enfin le porter
Le chiffon rouge de la liberté
Car le monde sera ce que tu le feras
Plein d’amour de justice et de joie
Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge
Une fleur couleur de sang
Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge
Lève-toi car il est temps
Tu crevais de faim dans ta misère
Tu vendais tes bras pour un morceau de pain
Mais ne crains plus rien, le jour se lève
Il fera bon vivre demain
Compagnon de colère, compagnon de combat
Toi que l’on faisait taire, toi qui ne comptais pas
Tu vas pouvoir enfin le porter
Le chiffon rouge de la liberté
Car le monde sera ce que tu le feras
Plein d’amour de justice et de joie

Alors que « l’Internationale » [1], désormais inconnue de la jeune génération, était reléguée au rang des nostalgies révolutionnaires [2], « Le chiffon rouge », dans le contexte de la fin du giscardisme et de la montée électorale du très opportuniste socialisme mitterrandien, devient la chanson culte d’un mouvement ouvrier engagé dans de dures luttes défensives contre le démantèlement organisé par les directives européennes (que Mitterrand cautionnera) des secteurs traditionnels de l’industrie française (sidérurgie, mines, chantiers navals, etc.), et ce au grand profit de l’Allemagne.
La chanson devient notamment l’indicatif de la célèbre radio libre cégétiste Lorraine cœur d’acier, ouverte à tous sauf aux fachos, qui, dans le contexte de la casse accélérée de la sidérurgie, diffusa illégalement à partir de la mairie de Longwy-haut (et du sommet de l’église !), et que la population protégea victorieusement des tentatives d’évacuation par les CRS.
Dans un contexte du déclin électoral accéléré du Parti communiste, le premier septennat de Mitterrand social-libéral renverra à leur néant ces luttes sociales si « ringardes » (et si dangereuses) aux yeux de la nomenklatura socialistes éprise de paillettes berlusconiennes et de festivités chères à Jack Lang.

Pour la petite histoire, on regardera aussi l’émouvante vidéo québécoise du « Chiffon rouge » accompagnant les luttes étudiantes de 2012 : Le chiffon rouge


[2comme « la dictature du prolétariat » que le PCF en déclin abandonna en 1977

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