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Suis-je arianiste ?

mercredi 1er avril 2026, par René Merle

Suis-je arianiste ?
Je ne dis pas : « Suis-je aryen ? », question que posaient les salauds qui nous dominaient entre 1940 et 1944 pour savoir si vous aviez ou pas le droit de vivre. Rien de « racial » dans ma question.
Je pense seulement au théologien byzantin Arius, qui niait l’égalité de substance du Fils avec le Père, et ne considérait Jésus, Fils de Dieu, que comme une nature subordonnée, comme la nôtre.
Mes parents instituteurs, baptisés sans l’avoir demandé, n’ont pas jugé bon de baptiser leurs enfants.
Je ne m’en suis pas plus mal porté, mais cet athéisme ne m’a pas empêché, en militant pour des causes qui me paraissaient justes, de rencontrer fraternellement des Chrétiens.
(Je vous renvoie par exemple à l’article Dieu est-il vraiment mort ? où j’évoquais ces rencontres, et je vous renvoie aussi à la rubrique Religions, croyances si peu fréquentée.)
Quand il nous arrivait de parler Dogme, je comprenais, voire je partageais sur bien des points, le message christique qu’oublient si facilement tant de Grands et des Moins Grands de ce monde, qui se couvrent de religion, quand ils ne proclament pas, cyniquement, que Dieu est avec eux.
Mais j’ai toujours buté, et je bute encore, sur le mystère de la Trinité que mes amis défendaient avec tant d’ardeur, la consubstantialité : une seule substance divine en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Il m’arrive souvent de repenser à cela dans ces années qui seront les ultimes (je vais avoir 90 ans), mais ce n’est pas pour m’interroger sur une vie éternelle à laquelle je ne crois pas, ni sur le salut de mon âme.
Vous me direz que peu vous chaut, mais j’avoue que si j’avais dû vivre en ces longues années troubles qui virent la fin de l’empire romain, dans la Gaule gallo-romaine finissante, et au temps du regretté Clovis cher aux tenants de notre roman national qui le présentent en initiateur de la France, j’aurais préféré l’arianisme des Wisigoths installés dans le Sud au christianisme nicéen de cet habile conquérant « païen » qui avait si bien saisi ce que représentait comme support politique l’église favorisée par Constantin, dans sa tentative de consolidation de l’Empire.
Clovis s’était fait baptiser vers 502, longtemps après ce concile de Nicée (325) qui avait vu la condamnation de l’arianisme auquel s’étaient ensuite convertis la plupart des chefs « barbares » conquérants de la Gaule.
Dans leur âme simple (comme la mienne j’imagine, si je devais être croyant), Dieu avait engendré le fils, mais ce fils était un homme, non consubstantiel avec le père, qui vécut sa vie et sa terrible mort d’homme. Certes, ces rois « barbares » ne pouvaient qu’ignorer le volet révolutionnaire de celui qui voulut chasser les marchands du temps, celui que Pasolini a si bien évoqué [1]. Ils s’en tenaient à la reconnaissance divine que Dieu leur avait prodiguée comme elle l’avait prodiguée au Fils.
Je m’en voudrais en disant cela d’offusquer mes amis chrétiens pour lesquels la négation du mystère de la Trinité viderait l’Église de sa légitimité et de sa substance. Mais je leur réaffirme la sérénité que m’apporte le fait de ne considérer le Christ que sous sa nature humaine.

Messages

  • Bonjour René
    Peut-être parce que vous vivez et raisonnez (comme nous tous) à l’âge positif pour reprendre les catégories d’Auguste Comte. Mais si le Christ est un homme comme un autre, le christianisme est alors une philosophie comme une autre. Ce qui est possible. Mais alors pourquoi celle-là plutôt qu’une autre ? Voici venir la "guerre des Dieux" comme disait Max Weber. Mais l’option religieuse demeure possible en droit.
    A noter que la Trinité est quasi absente des Ecritures. Il y a même plusieurs passages où le Christ affirme n’être pas Dieu, par exemple dans la Parabole du jeune homme riche (Mc 10.17,30). "Pourquoi dire que je suis bon. Personne n’est bon que Dieu seul." Dans le même texte, il affirme que suivre la seule loi morale ne suffit pas. Là il répond à la sagesse grecque et à Socrate (qui était lui aussi un esprit religieux, mais d’une espèce différente), et par avance à Spinoza. Ce qui, au passage, stupéfie et terrorise les disciples. Le salut ne sera pas accordé aux hommes s’ils le cherchent par leurs propres forces. "Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu" : affirmation sans ambiguïté de l’hétéronomie, qui est la marque du religieux, comme l’a bien vu Marcel Gauchet.
    On n’est pas obligé de chercher le salut. O mon âme, n’aspire pas à devenir immortelle, mais épuise le champ du possible. Mais cela nécessite une force d’âme peu commune. Raison pour laquelle on voit nos contemporains qui ont crânement abandonné le "judéo-christianisme" comme ils l’appellent, après avoir goûté aux plaisirs des eaux glacées du calcul égoïste, se vautrer dans la religiosité de bas étage ou dans les superstitions les plus crasses, quand ce n’est pas l’idôlatrie et le culte du veau d’or de la société marchande.

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