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Culture de gauche ?

jeudi 23 avril 2026, par René Merle

J’extrais ces quelques lignes de l’ouvrage de Costanzo Preve, Nouvelle histoire alternative de la philosophie, Perspectives libres, 2017 [1]. Je ne remercierai jamais assez Michel Parolini de me l’avoir fait connaître.
Après avoir évoqué les travaux de Luc Boltanski et Eve Chiapello, Preve poursuit [2] :
« Selon ce modèle, le capitalisme se constitue, dans une première phase, par l’« émergence » de la véritable bourgeoisie d’entreprise autrefois incorporée dans le magma du « tiers-état » ; d’où la particulière éthique du capitalisme étudiée par Max Weber, et qui est évidemment liée à l’ensemble unitaire de « valeurs » capitalistes, qui sont au reste le simple reflet de réelles institutions capitalistes de type politique, économique, militaire, scolaire, familial, etc.
Dans une deuxième phase, en revanche, deux critiques du capitalisme bien distinctes connaissent un moment d’alliance politique et culturelle : la critique économique des classes laborieuses à faible revenu et consommation incertaine, et la critique artistique qui est celle de la petite bourgeoisie scolarisée et instruite, insatisfaite de l’hypocrisie et du conservatisme traditionnaliste de la bourgeoisie « arrivée » et satisfaite d’elle-même. Cette période est celle où s’établit cette alliance entre critique économique et critique culturelle, qui constitue ce qu’on appelle la « culture de gauche » ; elle est pensée comme « permanente », bien qu’il ne s’agisse que d’une « fenêtre historique » temporaire, destinée toutefois à durer un siècle environ.
La critique sociale et la critique artistique du capitalisme voient leur alliance se déchirer lorsque la troisième phase de celui-ci entre en crise. Dans cette troisième phase, en effet, le capitalisme réussit à libéraliser intégralement les mœurs familiales et sexuelles (pensons au mythique Soixante-huit, qui est en fait le mythe de fondation d’un hypercapitalisme postbourgeois pleinement « libéralisé »). C’est ainsi que se rompt l’alliance antérieure entre critique économico-sociale et critique artistique et culturelle du capitalisme ; et il est faux d’interpréter cette rupture comme une « trahison » des intellectuels petits-bourgeois « artistes » à l’égard des travailleurs « économistes ». Il s’agit simplement de la fin d’une alliance temporaire que la fausse conscience nécessaire des agents historiques avait pensée en terme d’« alliance organique » pour le socialisme, alors qu’il s’agissait seulement d’une contiguïté provisoire de projets entièrement divergents. »


[1] L’ouvrage a d’abord été publié en Italie, en 2013

[2] Chapitre « La postmodernité philosophique expliquée aux enfants et aux grandes personnes.

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