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Agrippa d’Aubigné et la postérité de son livre
jeudi 16 avril 2026, par
En complément à l’article Après la mort ?
Le veux chef de guerre protestant, désillusionné et ostracisé, ouvre ainsi son magnifique ouvrage Les Tragiques, données au public par le larcin de Prométhée. Au Dezert, par L.B.D.D [1], 1616 :
« L’autheur [2] à son livre
Va, Livre, tu n’es que trop beau
Pour estre né dans le tombeau
Duquel mon exil te delivre ;
Seul pour nous deux je veux perir :
Commence, mon enfant, à vivre,
Quand ton pere s’en va mourir.
Encores vivray-je par toy,
Mon filz, comme tu vis par moy ;
Puis il faut, comme la nourrice
Et fille du Romain grison,
Que tu allaicte et tu cherisse
Ton pere en exil, en prison [3]. »
[1] LBDD : « Le Bouc du Dézert », autrement dit le « bouc émissaire »
[2] « Autheur. Il se dit particulierement, de Celuy qui a composé un livre. » Dictionnaire de la langue française, 1694
[3] Cf. :Du « logos » à l’« opus » : la créativité littéraire exprimée en termes de transmission filiale
https://books.openedition.org/pub/40137
« Dans la Préface en vers des Tragiques, après avoir évoqué la naissance de son livre, comme celle d’un enfant né « dans le tombeau » qu’est la situation de son père exilé, il tient ces propos peu clairs sans explication :
« Encore vivrai-je par toi,
Mon fils, comme tu vis par moi ;
Puis il faut, comme la nourrice
Et fille du Romain grison
Que tu allaicte et tu cherisse
Ton père, en exil, en prison. » (Les Tragiques, « Préface », 7-12)
Il veut dire par là, que son fils, c’est-à-dire son livre, va porter témoignage de l’injustice faite à son père et à ses semblables persécutés auprès de leurs bourreaux qui hantent la cour des Rois (« Entre chez les Rois », v. 14), un peu comme, quelques années plus tard, dans une célèbre pièce de Corneille, un fils, Don Rodrigue, venge son père de l’affront subi qu’il ne peut venger lui-même en sa vieillesse. Le fils nourrit ainsi sa vengeance, ce qui introduit l’image nourricière de la fille qui vient allaiter son père en prison. Il s’agit d’une histoire édifiante racontée par Valère Maxime (Mémorables, V, IV, 7) selon laquelle une vieille Romaine fut nourrie par sa fille qui lui donna le sein. Pour les besoins de la cause, la mère est transformée en « Romain grison » (d’après Garnier et Plattard, Les Tragiques, Paris, Droz, 1932, p. 2, note du v. 10).