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Du Front républicain et de l’utilité du Rassemblement national
mercredi 22 avril 2026, par
Il a été beaucoup (trop ?) question sur ce site du Rassemblement national et de sa matrice, le Front national. J’y reviens.
Pensant ainsi siphonner une partie des voix de la droite en cas d’élection triangulaire, le madré président Mitterrand avait offert en 1984 une audience audiovisuelle inespérée à un groupuscule violemment d’extrême-droite (on retrouvait dans ses fondateurs des nostalgiques de l’Algérie française, des nostalgiques de la collaboration, dont deux anciens Waffen-SS). Ce groupuscule à la flamme, héritée du fascisme, mais désormais tricolore, qui s’accapara le drapeau et la fierté nationale que les Belles Âmes jugeaient quelque peu ringardes ; il surfa sur le racisme hérité de la période coloniale et sur la xénophobie provoquée par une immigration massive et non intégrée. Le succès fut immédiat.
Mais les Belles Âmes restaient sereines : elles ne doutaient pas qu’un « plafond de verre » devait inexorablement barrer la route au Front National, car un Front républicain unirait contre lui tous les partis de l’arc dit républicain.
Il n’était donc pas question, dans le jeu démocratique, de dissoudre le FN comme l’aurait mérité tout groupuscule factieux.
Je me souviens de la réaction d’amis à un article que j’avais donné à Libération en 1998 [1] : « Le FN ? tu exagères, il ne s’agit que d’une mode passagère. On a déjà connu cela avec un Poujade bien vite oublié, malgré sa percée électorale de 1956 qui fit de Jean-Marie Le Pen un député. Pas de souci ».
Las, quatre ans plus tard, coup de tonnerre, alors que le pauvre Jospin, socialiste (et ex-trotskyste comme son ministre Mélenchon), bien ancré à Matignon, croyait sa présence assurée au second tour de la présidentielle contre Chirac, c’est le Pen qui lui souffla la place.
Je me souviens de l’immense foule républicaine qui avait défilé dans les rues de Toulon au lendemain de la présence de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002.
On appela de tous côtés à voter Chirac, contre la France des Beaufs qu’avait si bien stigmatisée Cabu.
Dans les années 1970 en effet, le jeune dessinateur Cabu avait dressé dans Hara Kiri et Charlie Hebdo le personnage du Beauf, qui lui fournit la matière de son ouvrage La France des beaufs : Reportages dans la France profonde (Série bête et méchante), publié en janvier 1979. (L’ouvrage fut repris et développé en 1992).
Avec Cabu, la cause était entendue, dans un mélange de réalisme amusant et de mépris de classe. Ce Français moyen des couches populaires est profondément vulgaire et raciste, franchouillard, borné, abruti par TF1 et le foot, le pastis et le barbecue, bref irrécupérable (Bis repetita avec Mélenchon aujourd’hui, qui les juge irrécupérables ? ) .
On ne s’étonnera donc pas de le voir le Beauf voter FN, plus par bêtise que par esprit revendicatif.
Quel contraste avec les couches urbaines moyennes diplômées, éduquées et cultivées, (dont procède Cabu malgré sa posture de pourfendeur du conformisme), couches en expansion sur lesquelles s’appuie l’élite des « sachants », seule par définition à même d’assumer le destin national, qu’ils se réclament de la social-démocratie ou de la droite civilisée.
Bref, nous élûmes Chirac, quitte à très vite nous en repentir ! On se souvient peut-être de l’immense mouvement gréviste de 1995, contre la réforme anti-sociale Juppé, mouvement que stigmatisèrent les Belles Âmes [2].
C’est pourquoi, quand bis repetita en 2017, on nous somma de voter Macron pour éviter le pire, je me suis abstenu, au grand dam de beaucoup de mes amis qui croyaient encore au fameux Front républicain contre la menace « fasciste ». Qui croyait encore que le FN, fort de ses 35% de suffrages, était un Parti fasciste à la Mussolini, voire un parti hitlérien ? Mais on (pas moi) vota quand même Macron en 2022, sans enthousiasme vraiment
En mars 2018, au congrès du Front national qui allait devenir Rassemblement national, Mme Le Pen avait d’ailleurs déjà solennellement rejeté la qualification d’extrême droite. De mouvement d’opposition, le mouvement devenait parti de gouvernement, avec un gros clin d’œil vers la droite la plus à droite.
Ainsi croyait-elle exorciser le fameux Front républicain.
Mais, avec un retard à l’allumage, elle avait raison. La grande formation de droite extrême qu’est le Rassemblement national n’est plus un repoussoir pour une partie de la Droite, et des figures historiques de la Droite, comme Éric Ciotti se sont même, et avec succès, acoquinés avec lui : les dernières élections municipales en témoignent.
À la veille du scrutin municipal dernier, j’ai lu le billet de mon association 1851 appelant une fois de plus à faire barrage à l’extrême droite. Dans ma ville de Toulon, il ne restait plus en liste que la candidate RN, qui frôlait la majorité absolue, et une candidate de droite, héritière des gestionnaires du passé souvent aux limites de l’honnêteté républicaine. La seconde fut élue, avec l’aval de la gauche.
Mais, au-delà de cette élection municipale à portée nationale, on ne peut que remarquer que tous les appels au Front républicain, y compris ceux de mon association, ne dénonçaient pas le pouvoir personnel d’un Président qui met à bas la démocratie, mais que l’on persiste à maintenir dans le fameux arc républicain.
En attendant, il est évident que l’oligarchie dominante nous prépare trois solutions possibles pour 2017 : jouer la carte d’un néo-libéralisme, jouer la carte d’une alliance droite extrême-RN, ou jouer la carte « républicaine » du favori des sondages, le très droitier Édouard Philippe promu salvateur de la République en barrant la route au RN.