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Frédéric Mistral et le coup d’État de 1851
lundi 13 avril 2026, par
En 1906, Frédéric Mistral publie chez Plon un ouvrage de souvenirs de jeunesse en provençal, Moun espelido. Mémòri e raconte de Frederi Mistral, et il en donne, toujours chez Plon, une traduction française : Mes origines. Mémoires et récits de Frédéric Mistral (traduction du provençal).
Les deux ouvrages sont consultables chez Gallica.
Dans une rapide incidente, il évoque le coup d’État de 1851 :
« Comme une bombe, dans l’entrefaite de ce prodrome de Mireille, éclata la nouvelle du coup d’État du 2 décembre 1851.
Quoique je ne fusse pas de ces fanatiques chez qui la République tient lieu de religion, de justice et de patrie, quoique les jacobins, par leur intolérance, par leur manie du niveau, par la sécheresse, la brutalité de leur matérialisme, m’eussent découragé et blessé plus d’une fois, le crime d’un gouvernement qui déchirait la loi jurée par lui m’indigna. Il m’indigna, car il fauchait toutes mes illusions sur les fédérations futures dont la République en France pouvait être le couvain.
Quelques-uns des collègues de l’École de Droit allèrent se mettre à la tête des bandes d’insurgés qui se soulevaient dans le Var au nom de la Constitution ; mais le grand nombre, en Provence comme ailleurs, les uns par dégoût de la turbulence des partis, les autres éberlués par le reflet du premier Empire, applaudirent, il est vrai, au changement de régime [1] ».
L’enthousiasme républicain du jeune étudiant en droit aixois [2] ne dépassera pas les premières secousses de 1848. Mais il est manifestement sincère dans sa condamnation du coup d’État.
Ce qui ne l’empêchera pas, ultérieurement, de rimer en provençal pour honorer l’Empereur [3].
Mention omise dans le texte français, Mistral écrit dans l’original provençal, (je traduis) : « Quelques-uns des collègues de l’École de Droit, de ceux qui avaient fait de la politique ensemble… », ce qui signifie bien que lui ne faisait pas de politique.
On peut s’interroger sur ces étudiants aixois allant se mettre en tête des « bandes » (le mot n’est pas très gentil) d’insurgés varois. Rien dans ce que nous savons de l’insurrection varoise, au-delà du « parachutage », si j’ose dire, du journaliste marseillais Duteil, ne vient confirmer ce propos. Mais Mistral n’est pas ordinairement porté au mensonge ou à l’affabulation. Affaire à creuser donc…
[1] « Coume uno boumbo, entre-mitan d’aquéu prouèmi de Mirèio, esclatè la nouvello dóu cop d’estat dóu 2 desèmbre 1851.
Emai fuguèsse pas d’aquéli fanati en quau la Republico tèn liò de religioun e de justiço e de patrìo, emai li jacobin pèr soun intouleranço, pèr sa manìo dóu nivèu, pèr lou secun, lou brutalige de soun materialisme, m’aguèsson maucoura e blessa mai d’un cop, lou crime d’un gouvèr – qu’estrassavo la lèi pèr éu jurado – m’endignè. M’endignè, car cepavo tóuti mis ilusioun sus li federaciou futuro, que la Republico en Franço poudié n’estre lou grouün.
Quàuquis-un di coulègo de l’Escolo de Dre, d’aquèli qu’avian fa de poulitico ensèmble, s’anèron metre en tèsto di bando d’insurgènt qu’au noum de la Coustitucioun se sóulevavon dins lou Var. Mai lou gros noumbre, en Prouvènço coume aiours, lis un afastiga dóu treboulèri di partit, lis autre emberluga pèr lou rebat dóu proumier Empèri, apluadiguèroun, es verai, au reviro-meinage. »
[2] J’ai donné sur ce site deux des chansons qu’il écrivit au lendemain de la proclamation de la République : [Printemps 1848. Le jeune Mistral républicain.
[3] Sur l’évolution politique de Mistral, on consultera l’abondante documentation fournie par : https://biblio.cieldoc.com/libre/integral/libr0049.pdf