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Non-contemporain

samedi 6 juin 2026, par René Merle

En 1935, Ernst Bloch proposa le concept de non-contemporanéité. « Tous ne sont pas présents dans le même temps… Des temps plus anciens que ceux d’aujourd’hui continuent à vivre dans des conditions plus anciennes. »
En mes dernières années, je comprends encore mieux [1] ce qu’il voulait signifier.
Ce qui m’amène à suspendre mes doigts sur le clavier, dans la conscience que ce site n’a pas été inutile, mais qu’il a fonctionné sur un logiciel de plus en plus révolu.
Merci aux fidèles lectrices et lecteurs...

Messages

  • Monsieur Merle,

    Un grand merci à vous !
    Avec toute mon estime et mon respect.

    Votre « élève »

  • Bonjour René
    Il n’est pas forcément mauvais d’être non contemporain. Vous citez Bloch, mais il y a Nietzsche aussi et son concept de l’inactuel :
    « Étant aussi l’élève des temps anciens, surtout de la Grèce, j’ai acquis sur moi-même, comme enfant de ce temps-ci, les expériences que j’appelle inactuelles. Ceci du moins j’ai le droit de me le concéder à moi-même, de par ma profession de philologue classique. Car je ne sais pas quel but pourrait avoir la philologie classique de nos jours, sinon celui d’exercer une influence
    inactuelle, c’est-à-dire d’agir contre le temps, et donc sur le temps et - on peut le
    souhaiter - au bénéfice d’un temps à venir.
     »
    Internet à ses débuts a produit une illusion : celle de l’intelligence collective. Or l’intelligence n’est jamais collective. En revanche, la bêtise et ses gros bataillons prend puissance dans le collectif : instinct grégaire, meute aboyante, désinformation virale (et sans désinfection) ...
    Votre site témoigne de l’espoir qu’un outil aussi formidable qu’internet pouvait produire le meilleur. Il faut donc vous remercier.
    Vous parlez de logiciel. Je n’aime pas trop cette expression qui assimile trop la pensée à un univers machinal. Je préférerais ici le terme de paradigme, au sens de l’épistémologue Kuhn. Kuhn montrait, contre Popper, que la science ne fonctionne pas par progression linéaire et accumulation, mais par ruptures, où un modèle du monde succéde à un autre modèle.
    Peut-être en est il de même avec les générations. Votre paradigme n’est pas le mien, et le mien n’est pas celui de la génération actuelle des actifs. Il suffit simplement d’écouter la radio pour s’en apercevoir. Ce qui n’est pas très grave et peut même être enrichissant, tant qu’une communication et un échange demeurent possibles.
    Je termine avec Nietzsche (et ce qui est remarquable, c’est que c’est un jeune homme qui parle), toujours dans la seconde inactuelle :

    « Contemple le troupeau qui passe devant toi en broutant. Il ne sait pas ce
    qu’était hier ni ce qu’est aujourd’hui : il court de-ci de-là, mange, se repose et se
    remet à courir, et ainsi du matin au soir, jour pour jour, quel que soit son plaisir
    ou son déplaisir. Attaché au piquet du moment il n’en témoigne ni mélancolie ni
    ennui. L’homme s’attriste de voir pareille chose, parce qu’il se rengorge devant
    la bête et qu’il est pourtant jaloux du bonheur de celle-ci. Car c’est là ce qu’il
    veut : n’éprouver, comme la bête, ni dégoût ni souffrance, et pourtant il le veut
    autrement, parce qu’il ne peut pas vouloir comme la bête. Il arriva peut-être un
    jour à l’homme de demander à la bête : « Pourquoi ne me parles-tu pas de ton
    bonheur et pourquoi ne fais-tu que me regarder ? » Et la bête voulut répondre et
    dire : « Cela vient de ce que j’oublie chaque fois ce que j’ai l’intention de
    répondre. » Or, tandis qu’elle préparait cette réponse, elle l’avait déjà oubliée et
    elle se tut, en sorte que l’homme s’en étonna.
    Mais il s’étonna aussi de lui-même, parce qu’il ne pouvait pas apprendre à
    oublier et qu’il restait sans cesse accroché au passé.
     »

  • Sève avec qui je ne partage pas tout a developpé la chose par rapport aux contradictions antagoniques (forces contraires temporellement dissymétiques) et non antagoniques ( forces contraires temporellement et relativement symétriques).
    Non tes reflexions nous apportent beaucoup. Merci de poursuivre STP.
    Bonne santé. Le plus possible !
    Pierrot

  • En 2008 tu me poussas dans les bras des blogs mais j’ai dû attendre d’avoir un internet un peu rapide. Puis l’évolution technique, politique, culturelle a été telle que le regretté ami Jacques Desmarais est passé du blog à facebook. J’ai moi même fait une pause de trois mois. Faute de nouveaux messages j’espère pouvoir en relire quelques-uns des tiens car parfois le révolu fait révolution. amitiés jean paul

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