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Mort du Parti socialiste ? Ou du Phœnix sans cesse renaissant

dimanche 2 décembre 2018, par René Merle

Au lendemain de cette journée qui a montré dans quelle impasse mortifère le pouvoir macronien s’est fourvoyé, au risque de l’embrasement général, il peut paraître surprenant d’évoquer un mort-vivant qui n’a guère prise sur l’évolution de la situation. Mais pourtant, puisque à moyen terme, la question de l’issue politique à la crise est posée, j’en reviens à notre bonne vielle social-démocratie, toujours prête à jouer la gérance loyale d’un capitalisme adouci par les angles. Nul doute, en ce qui me concerne à tout le moins, qu’il faudra compter avec elle, sans doute pas sous sa forme traditionnelle. Et dans ces nombreux avatars, il faut compter aussi avec ce socialiste repenti mais toujours disciple de Mitterrand qu’est Jean-Luc Mélenchon. Mais ne lisons pas dans le marc de café...

Depuis les dernières élections, nos faiseurs d’opinion s’en vont annonçant la mort programmée du Parti socialiste, triplement plombé par le ralliement d’une grande partie de ses cadres à la République en marge, par son très maigre score électoral, par la sécession Hamon, par le rapprochement de dissidents avec J.-L Mélenchon. Bref, un parti réduit à l’état de secte.

Ce serait oublier que, comme le Phœnix, le Parti socialiste renaît toujours de ses cendres. Maints épisodes nous l’ont prouvé, où, après de basses eaux électorales, et même de très basses (Gaston Defferre, 5,01% à l’élection présidentielle de 1969), le PS est revenu en maître sur l’échiquier politique, comme on dit.

Il n’y a aucun miracle à cela. Depuis longtemps, le Parti socialiste n’est plus un parti de militants (fort peu nombreux dans les sections locales), mais un parti d’élus et de cadres engendré par les petites et grandes féodalités administratives. Mais cette ossature quasiment professionnelle, dont la popularité peut souvent s’appuyer sur une bonne gestion locale, est en fait l’émanation d’une assise sociale importante.

Certes, le temps est révolu où l’ancien Parti socialiste SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) jouissait d’une vraie audience chez les ouvriers (pour employer un mot quasiment banni du vocabulaire actuel). Mais le Parti socialiste, né du Congrès rassembleur d’Épinay (1971), s’enracine dans une partie des couches dites moyennes qui, jusqu’à la crise actuelle, ont accédé à une vie d’aisance à crédit.

Non que ces couches dites moyennes soient le vivier exclusif du PS. La Droite et le Centre y puisent largement.
Mais ce qui peut rassembler une partie d’entre elles derrière le PS, malgré des incarnations gouvernementales et présidentielles plus ou moins décevantes, c’est une Idée de la Gauche, transmise souvent familialement, qui mêle à de sincères considérations humanitaires l’attachement à la République laïque, garante d’une vie commune régie par la justice et l’honnêteté, le tout saupoudré d’un patchwork de réminiscences historiques qui tiennent plus de l’incantation que de la vraie connaissance (l’utilisation du souvenir de Jaurès en témoigne). Convictions dont le flou peut autoriser la dérive vers le Centrisme attrape tout. L’expérience Macron – Le Drian, Collomb, Castaner et autres transfuges de taille en témoigne aujourd’hui, comme jadis l’expérience Tapie - Mitterrand.

Ces couches dites moyennes ont d’autant plus facilement accompagné le rejet de la vulgate marxiste par les successives directions socialistes qu’elles ne sont pas directement confrontées au patronat, à « la lutte des classes ». Le cas est particulièrement net parmi les professions libérales, ou parmi des enseignants dont la vie professionnelle assurée ne relève que d’une hiérarchie administrative. Bref, ces catégories sociales se rejoignent de fait, et souvent de conviction, dans l’acceptation d’un capitalisme supposé amendable.
L’avenir nous dira ce qu’il adviendra de ces engagements dans une société qui a tellement évolué depuis la crise de 2008, qu’elle ne peut plus offrir aux enfants de ces couches dites moyennes les mêmes perspectives de réussite sociale que celles dont ont bénéficié leurs parents.

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