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Communistes –« Aufhebung » et praticisme. À propos d’un article des Inrocks sur Ian Brossat

lundi 20 mai 2019, par René Merle

Le magazine branché Les Inrocks vient de publier un bien intéressant article concernant le candidat tête de liste communiste Ian Brossat [1]
Le jeune professeur, par ailleurs adjoint à la mairie de Paris, y déclare notamment :
« Je vais être franc avec vous : je ne suis pas un grand théoricien. Je suis plutôt un praticien. Bien sûr, je lis des livres, mais je préfère globalement lire des romans que des essais ».
Le magazine renforce le propos par ce commentaire du député communiste Sébastien Jumel :
« Le temps n’est pas à théoriser, il est à incarner la colère du peuple, à mettre des visages sur les vies broyées ».
Et Les Inroks d’ajouter :
« Ian Brossat goût peu au jeu du plus marxiste que moi, tu meurs ».
Bref, l’objectif clairement affiché est de faire élire des députés communistes, non seulement pour témoigner de l’existence d’un parti dont la disparition a été si souvent annoncée depuis des années, mais aussi et surtout pour faire élire des députés faisant avancer au Parlement européen des mesures positives, au coup par coup, dans le droit fil de ce qui a déjà été fait dans les années précédentes.

Même si « le temps n’est plus à théoriser », je ne peux m’empêcher de penser aux empoignades serrées entre philosophes marxistes (français) [2] concernant la parole magique : Aufhebung, magique car les uns et les autres, dans leurs traductions contradictoires, en sont peut-être encore à la dévotion devant le lexique de Marx, plutôt qu’à l’esprit de sa recherche et de son combat.

Aufhebung ? Pour qui en ignorerait, précisons qu’il s’agit du terme par lequel Marx semble désigner la suppression du capitalisme, son abolition.
Je dis bien « semble » car d’aucuns, et non des moindres, oublient « abolition » et traduisent par « dépassement ». Un dépassement à la sauce hégélienne où la dialectique mène le monde par la nécessaire négation de ce qui est, mais négation créatrice (la négation est aussi conservation, puisque dépassement…).

Pour être plus terre à terre, on atteindrait le communisme par le dépassement du capitalisme dans une évolution révolutionnaire mais graduelle et pacifique. Sans rupture brutale, mais grâce à un processus naturel d’extinction, elle ferait passer du capitalisme au fameux post-capitalisme. Bref, me direz vous, rien de bien nouveau sous le soleil : sous diverses formes, du vieux réformisme social-démocrate allemand à la mutation du PCF initiée en 1996 par Robert Hue (aujourd’hui ex-communiste), la thèse a couru, en amont et surtout en aval de la rupture révolutionnaire soviétique, et de sa fin catastrophique.
Au-delà de la personnalisation qu’engendre notre vie politique, et de l’aura du jeune candidat, on peut se demander ce que l’actuel « revival » du Parti communiste empruntera, ou n’empruntera pas, à la nouvelle définition de l’Aufhebung. Même s’il laisse les philosophes s’empoigner loin des luttes réelles, même s’il préfère à leurs études un programme concret d’avancées démocratiques et sociales immédiates, il ne pourra qu’en clarifier la finalité, s’il veut marquer durablement sa différence avec les autres chapelles réformistes.

Notes

[1.
Je vous y renvoie :
Inrocks Brossat.

[2On consultera en particulier les travaux de Lucièn Sève et de Patrick Theuret

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