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Gustave Cohen. Le Moyen-Âge littéraire français

mardi 24 septembre 2019, par René Merle

Ma découverte de 1954

J’ai conservé ce petit livre acheté chez un bouquiniste des quais de Seine, alors que je découvrais à Paris le vieux français, grâce aux cours de l’E.N.S.E.T où j’étais élève (1954 !) : Gustave Cohen, Anthologie de la littérature française du Moyen-Âge, Paris, Delagrave, 1946.

Faut-il expliquer pourquoi Cohen ne l’avait publié qu’après son séjour salvateur aux États-Unis pendant la guerre, alors que tant de "bons Français" faisaient la chasse au Juif ?
En réhabilitant un moyen-âge dont ce que l’on nous enseignait alors avant le Baccalauréat laissait penser que, malgré le couplet convenu sur les cathédrales, il était monde d’arriération et sombre nuit culturelle (ah Brunetière) [1], ce livre (avec bien d’autres) rétablissait une continuité et une unité bienvenues dans l’histoire culturelle française et européenne...

" Introduction - Le Moyen-Âge littéraire français.
Peu à peu commence à se dissiper pour nos Contemporains cette nuit gothique dans laquelle, à la suite et selon l’exemple des hommes de la Renaissance, éblouis par la lumière de l’Antiquité retrouvée et ressuscitée, nos faibles yeux voyaient enveloppé le Moyen-Âge, gouffre sombre où grouillaient les larves immondes de l’ignorance, de la crasse et de la superstition. Aucun préjugé historique (et il y en a beaucoup) ne saurait être plus nuisible à une juste compréhension des origines de notre civilisation et de notre littérature et par conséquent de leur évolution ultérieure jusqu’à nos jours.
Il est peu d’expressions plus inexactes d’ailleurs que celle de Moyen- Âge, inventée par les humanistes du XVIe siècle, pour indiquer une simple transition, que, dans leur esprit, il fallait mentalement situer entre l’Antiquité classique et sa Renaissance. L’incompréhension que manifeste toute génération à l’égard de celle qui l’a immédiatement précédée, est ici d’autant plus grave et plus injuste que c’est aux Moines d’occident qu’on devait les copies des manuscrits des chefs- d’œuvre de la Latinité et la transmission des trésors de la philosophie et de la science grecques. Il n’est pas vrai de dire que l’Antiquité, morte au Moyen-Âge, a ressuscité au XVIe siècle. Tout au plus peut- on dire qu’elle s’y complète d’une meilleure connaissance de l’Hellénisme et d’une pénétration plus intime, allant jusqu’à
l’hallucination et jusqu’au fétichisme, de la pensée antique. La Renaissance est avant tout une laïcisation de l’esprit humain, une libération de la raison humaine à l’égard de l’esprit chrétien, un progrès de l’individualisme, une soumission plus grande aux lois de la Nature, un goût plus vif de la beauté charnelle, un triomphe de la vie momentanée sur la vie éternelle.
Mais toutes ces tendances sont en germe dans le Moyen-Âge même. Le rationalisme n’est pas inconnu au siècle de Saint Thomas (le XIIIe) non plus que le Naturisme à son contemporain Jean de Meung, mais il est certain que le XVe siècle a les regards plus fixés sur la Mort et que le XVIe est plus attiré par la vie ; que le XVe est plus soumis à la Foi et que le XVIe, même là où il reste profondément religieux, comme chez les Réformateurs ou Évangéliques de Meaux ou les Contre- Réformateurs catholiques du Concile de Trente, plus indépendant à l’égard de la Tradition, de la Lettre, et du Dogme. Encore ne faut-il pas oublier les hérésies amauricienne, cathare, vaudoise et mystiques du Moyen-Âge.
Il faut ensuite songer que le mouvement d’idées et de sentiments que nous avons caractérisé comme celui de la grande Renaissance du XVIe siècle, commence en Italie au XIVe et au XVe siècle, que, chez nous, il y en a eu des ébauches, la première sous Charlemagne, la seconde au XIIe.
Toutefois, à le prendre dans l’ensemble, le Moyen-Âge est beaucoup moins une transition qu’une genèse. Si le XVIe siècle est une Renaissance, le Moyen-Âge est une Naissance, la naissance du Monde moderne. Aussi ai-je proposé de l’appeler plutôt le Premier Âge, comme étant celui de toutes les Enfances ; c’est pourquoi il est fait pour plaire à la jeunesse."

Bien longtemps après ma première lecture, et même si la jeunesse est si loin, je fais toujours mienne cette conclusion !

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