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À propos de Jean-Luc Mélenchon

mercredi 2 octobre 2019, par René Merle

Tribun du Peuple ?

Il arrive que des lecteurs de ce blog me reprochent le peu d’empathie que j’ai avec le leader de la France insoumise. Je leur réponds qu’elle ne date pas d’hier, et que je l’avais déjà ressenti lors de sa candidature aux élections présidentielles de 2012, où il représentait le Front de Gauche (regoupant son Parti de Gauche, le Parti communiste et d’autres petites formations).
Je reprends ici, pour information qui peut-être éclairera pour la suite, un billet que j’avais publié le 6 mai 2013, au lendemain d’une grande « Marche citoyenne pour la VIe République », organisée par son parti, le Parti de Gauche, entre la Bastille et la Nation.
Je n’ai pas changé d’avis, et ce « replay » vieux de 6 ans m’évitera de longues dissertations au présent.

« Comme beaucoup d’entre vous sans doute, faute d’avoir pu "monter" à la Bastille, j’ai suivi à la télévision le rassemblement sur la place, et la manifestation jusqu’à la Nation.
Je viens de réécouter le discours de Jean-Luc Mélenchon sur son blog personnel :
Mélenchon
Peut-être plus encore qu’hier, j’ai ressenti, avec ce recul d’un jour, et non sans respect pour la performance, la haute tenue et les accents quasi gaulliens de ce Tribun du Peuple, comme il se définit lui-même.
Tribun du Peuple ? Oui, un Peuple avec lequel J.L.M sait être pédagogue et respectueux, un Peuple qu’il resitue dans son passé révolutionnaire et républicain en remontant jusqu’à la réunion des États-Généraux de 1789... Un Peuple dont il pense que la foule considérable de ce 5 mai anticipe la proche marée citoyenne à venir.
Nul doute que J.L.M n’ait ainsi remué les cœurs et les tripes des citoyens conscients, et souvent organisés déjà, leurs drapeaux en témoignaient, rassemblés par dizaines de milliers, et, au-delà, de centaines de milliers de téléspectateurs...
Je m’interroge sur cette notion de Peuple, qui, manifestement, a complètement occulté le thème des classes sociales et de la lutte des classes, pas plus que, sauf erreur, il n’a employé le mot "capitalisme", lui préférant celui de "finance". Certes, ce thème-là était quelque part en filigrane, notamment dans l’évocation des syndicalistes auxquels le pouvoir a refusé l’amnistie, et à propos desquels J.L.M reprochait fraternellement au "Peuple" de ne pas toujours les soutenir comme il conviendrait... (se dédouanant ainsi en quelque sorte du croc en jambe fait à la manif’ du 1er mai, bien occultée par celle du 5). Mais enfin, ce thème de la lutte des classes n’était pas évoqué, alors que justement, c’est en se redonnant une virginité "sociale" que le Front National, que les Bleus Marine, trouvent un accueil sans précédent chez les petits, chez les humbles, chez les exploités et les méprisés... En écoutant J.L.M., je repensais à la position de Maurice Thorez en 1937, qui proposait de prolonger le Front populaire par un Front du Peuple français, un Front national (de progrès démocratique et social) en quelque sorte, unissant bien au-delà de la classe ouvrière et de la paysannerie laborieuse, et effaçant à jamais l’image de l’affreux bolchevik au couteau entre les dents, au foulard rouge noué autour du coup, l’image du "salopard" en casquette... On connaît la suite, mais pour autant la vision n’était pas utopiste. Sauf que...
En l’occurrence, brûlant les étapes et notamment celle du Front Populaire, c’est cette vision d’un Peuple uni, dans la conscience et la fierté de l’intérêt national, que propose J.L.M. La vision du Tiers-Etat uni de 1789, se proclamant légitimement la Nation dont il expulsait le kyste des aristocrates...
Certes... Mais s’il faut continuer à filer la métaphore de la période de la Grande Révolution, chacun sait que quelques mois à peine après l’euphorie unitaire de mai-juin 1789, le moteur de la Révolution fut la luttes des classes AU SEIN MÊME du Tiers-État...
Deux remarques encore, liées à la précédente.
 Si le perspective tracée est celle d’une VIème République, dont le contenu serait élaboré par une assemblée constituante, rien n’empêche les responsables du Front de Gauche, et J.L.M au premier chef, sans violenter la volonté des électeurs, de proposer quelques grands thèmes de réforme (même si, implicitement, la dénonciation précédente du monarque président était aussi une piste d’avenir).
 le défilé : ce que j’en voyais me renvoyait à tant de cortèges bon enfant auxquels j’ai participé, à tant de pavés parcourus au pas de promenade. Ce n’était pas le bloc compact du régiment partant au combat. Ce n’était pas la phalange ardente faisant retentir ses chants de lutte. Et sans doute en avons-nous définitivement perdu l’habitude et les airs. Et, à tout le moins dans ce que j’ai visionné, manquaient les rangs serrés de cette jeunesse banlieusarde qu’il nous arrive de voir ainsi réunie, hélas et doublement hélas (tant pour la cause que pour le moyen) à l’occasion d’une des innombrables "marches blanches" post mortem... »

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