La Seyne sur Mer

Accueil > Regards sur le monde contemporain > Turquie. Proche et Moyen Orient > Géopolitique – Turquie – UEFA

Géopolitique – Turquie – UEFA

mardi 15 octobre 2019, par René Merle

Turquie. Le nationalisme chauvin à l’état brut


Nationalisme chauvin ? Les joueurs de l’équipe turque en ont témoigné lundi soir au stade de France, en rééditant leur salut militaire de soutien à l’opération contre les Kurdes.
Notre Ministre des Sports a demandé des sanctions à l’UEFA (Union des associations européennes de football ). Terrible menace qui va faire certainement vaciller l’ancien footballeur Erdogan…

Mais au fait, pourquoi la Turquie est-elle membre de l’UEFA ? En quoi est-elle européenne ?
Un pays à cheval sur deux continents : un tout petit bout d’Europe, un grand bout d’Asie.
Mais question Europe, le souvenir du temps où l’empire ottoman, qui régnait sur les Balkans, n’avait été défait qu’aux portes de Vienne, en 1683.

La Turquie alliée du Reich en 1914 [1], qui conserve encore aujourd’hui ce tropisme germanique (voir le poids de l’émigration turque en Allemagne).
La Turquie défaite et démembrée en 1919-1920, et depuis portant la douleur fantôme de cette amputation.
Il y a cent ans. Aux racines du drame du Proche Orient, le partage de 1919.
La Turquie de Mustapha Kemal, balayant les amputations de l’Anatolie (Grèce, Kurdistan, Arménie) et se réclamant du modèle linguistique républicain français : une nation, une langue [2].
La Turquie réclamant depuis 1987 son entrée dans l’Union européenne, avec les polémiques que l’on sait[[Cf. un bon résumé des débats d’alors : Adhésion UE. J’ai le souvenir de longues discussions avec de Belles Âmes de ma connaissance qui me traitaient d’islamophobe parce que je m’inquiétais de voir la Turquie, par son poids démographique, devenir le pays dominant de l’Europe. Mais aussi de demandes instantes de démocrates turcs qui voyaient dans l’adhésion une ouverture vers les libertés fondamentales…
Tout ceci est bien loin, mais peut aussi éclairer le menaçant présent…

Mais revenons à l’UEFA, puisque la Turquie en est membre.
L’UEFA n’a pas hésité à réviser les traditionnelles notions continentales.
Ainsi de la Turquie, rattachée sans états d’âme à l’Europe. Ainsi des débris asiatiques de l’ancienne URSS, aux tropismes « occidentaux » : Arménie, Azerbaïdjan, Georgie, Kazakhstan.
Voilà qui m’aurait amené à des contorsions de géopolitique pour expliquer à mes lycéens de jadis où finissait l’Europe…
Mais je me félicite particulièrement de ne plus être professeur, car j’aurais dû expliquer à mes élèves qu’Israël est un pays européen enkysté dans un océan arabe manifestement non européen… Mais là encore n’abordons pas le sujet, car on s’y ferait facilement taxer d’antisémitisme. Donc Israël est un pays européen par la grâce de l’UEFA, et ses voisins syriens, jordaniens, libanais, égyptiens ne sont pas européens…

Notes

[1La mémoire familiale avait transmis à l’enfant que j’étais le souvenir d’un grand père jeté dans le sanglant débarquement des Dardanelles en 1915

[2Si en France les populations de langue d’oc ou de langue celtique ou de langue basque, (issue de la nuit des temps), trouvèrent leur compte dans cette glottophagie, on sait qu’il en alla autrement avec les Kurdes de Turquie

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP