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Du Pacifisme. Pacifisme intangible ou pacifisme de circonstances ?

samedi 19 octobre 2019, par René Merle

Si vis pacem para bellum ?

Je reviens sur le pacifisme dont témoignait par exemple Hugo [1], et je mesure combien sa généreuse utopie s’est fracassée sur le chapelet ininterrompu de conflits qui par la suite ont ensanglanté l’Europe et le monde.
La guerre est donc inévitable ? Est-elle à la fois dans la nature de l’homme et dans celle des différentes sociétés qui se sont succédées, jusqu’à la nôtre ?…
Vous avez pu voir sur ce site comment deux grands penseurs, Hegel et Marx, pour des raisons à la fois différentes et convergentes refusaient toute approche « humaniste » de la guerre, et la considéraient sans états d’âme comme partie prenante inévitable, voire comme accoucheuse, de l’évolution positive des sociétés.
Hegel et la guerre
Marx et la guerre, 1849
Au tournant des années 1840 et 1850, Marx avait renvoyé au néant les considérations pacifistes de Hugo et autres libéraux européens.
Tout pour lui était dans le rapport des forces, et le recours inévitable aux armes, en particulier contre la Russie tsariste, mère de la réaction européenne.

On a toujours opposé au pacifisme, considéré comme béat, le fameux Si vis pacem para bellum.
Et l’Histoire a témoigné que ceux qui n’étaient pas prêts à résister à une agression en payèrent durement le prix.
Elle a témoigné aussi des états d’âme et des hésitations qui accompagnaient chez l’éventuel agressé la menace de l’agression : fallait-il frapper le premier, puisque l’agression était inévitable ?
En 1914, c’est l’Allemagne qui déclara la guerre à la France.
En 1939, c’est la France qui déclara la guerre à l’Allemagne…
Mais dans ce retournement on vit vaciller ou se renier des convictions apparemment solides, comme on constata l’inanité du maintien de positions antérieures. Pacifisme intangible ou pacifisme de circonstances ? Accablés par leur engagement spontané dans l’Union sacrée de 1914, bien des socialistes français se retrouvaient en 1938 sur des positions pacifistes, et rejoignaient ainsi bien des anciens combattants, comme Giono. Inversement, bien des pacifistes révolutionnaires de 1914-1918 se retrouvaient en 1938 dans le camp de l’intervention guerrière préventive nécessaire contre Hitler, la guerre d’Espagne ayant fourni les premiers travaux pratiques…

La donne a changé radicalement avec la bombe atomique
équilibre de la terreur et mobilisation de l’opinion ?
Comme tant d’autres, j’ai signé et fait signer l’appel de Stockholm [2], à partir de 1950, dans l’angoisse devant un cataclysme plus que possible.
Cependant que notre pays s’enfonçait dans les guerres coloniales, les « Paix en Indochine », puis « Paix en Algérie » ne mobilisaient guerre une opinion acquise à l’Empire dont on lui avait chauffé les oreilles depuis un siècle, avec nos cartes murales bariolées des classes du primaire.

En fait, chacun en convient, l’équilibre de la terreur au temps de la guerre froide tint avant tou au fait que les USA comme l’URSS possédaient la bombe atomique.
Mais si la guerre mondiale fut évitée, et parfois de justesse comme en 1962 (crise des fusées de Cuba), la porte était ouverte aux innombrables affrontements par procuration (de la guerre de Corée à la guerre du Viet Nam), cependant que les deux détenteurs initiaux de la bombe étaient rejoints par des émules déclarés (France , Royaume Uni, Chine, Inde, Pakistan, Coréen du Nord) ou non déclarés (Israël). Sans compter les bombes atomiques entreposées par nos amis US dans nombre de pays de l’OTAN, dont la Turquie… Eh oui, la Turquie…

Notes

[1Cf. : [876].

[2APPEL
Nous exigeons l’interdiction absolue de l’arme atomique, arme d’épouvante et d’extermination massive des populations.
Nous exigeons l’établissement d’un rigoureux contrôle international pour assurer l’application de cette mesure d’interdiction.
Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n’importe quel pays, l’arme atomique, commettrait un crime contre l’humanité et serait à traiter comme criminel de guerre.
Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel. »
Stockholm, 19 mars 1950

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