La Seyne sur Mer

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De la nature du fascisme

lundi 21 octobre 2019, par René Merle

L’homme fasciste


J’évoquais récemment les nauséabonds relents de franquisme qui empoisonnent l’Espagne d’aujourd’hui :
Retour sur la crise catalane
Je complète par un texte majeur que j’avais donné dans mon précédent blog.
Ce texte, extrait de Senderos [1]]] a été écrit pendant la guerre civile par l’ardente militante de la cause républicaine antifranquiste María Zambrano [2].

« Le fascisme se produit dans une situation sociale et économique déterminée, sans doute. Mais le fascisme, ce sont les fascistes qui le font, et il y a un « homme fasciste », avec ses caractéristiques, que nous pourrions reconnaître même si nous le trouvions sur un île déserte ; il y a un fonctionnement fasciste des sentiments, et surtout des sentiments « reconnus » ou traditionnels ; il y a un fonctionnement fasciste de l’intelligence ; une utilisation du pouvoir de l’intelligence et surtout le pouvoir de masquer, de falsifier, que possède l’intelligence. […] Il y a une écorce dans le fascisme, il y a un nœud étranglé dans l’âme du fascisme qui le ferme à la vie. […] Le fascisme a élevé un culte aux « Faits », mais il commence par éluder tout fait, le créant par la violence ; nous pourrions dire qu’à l’exemple du criminel, il ne croit qu’au fait accompli. C’est le même mépris de l’ordre des choses et des choses mêmes. Et c’est ce qui fait que le fascisme non pas commette des crimes, mais soit lui-même un crime : parce qu’il œuvre sans reconnaître d’autre réalité que la sienne, parce qu’il fonde la réalité sur son acte de violence destructrice. C’est un christianisme à l’envers [3].

Notes

[1[[Senderos. Los intelectuales en el drama de España, Anthropos Editorial del Hombre, 1986. Sentiers, éditions des Femmes, 1992

[21904-1991. Disciple et assistante de José Ortega y Gasset, la jeune María a hérité de ses parents l’apostolat pédagogique qui veut dégager de leur ignorance profonde les masses populaires ; elle fait partie de ces intellectuels qui œuvrent pour un renouveau démocratique de la vie espagnole. C’est dire que le coup d’État fasciste la trouvera fermement engagée dans le camp républicain. Elle devra quitter l’Espagne en 1939 et n’y reviendra qu’en 1984, auréolée de la gloire d’une immense œuvre littéraire, philosophique et politique

[3], un christianisme diabolique dans lequel on prétend établir un monde sur la seule violence d’un fait accompli sans raison, en vertu du désir de puissance[[ « Se produce el fascismo en una situación social y económica determinada, sin duda. Pero el fascismo lo hacen los fascistas, y hay un « hombre fascista » con sus características que podríamos reconocer aunque lo hallásemos en una isla desierta ; hay un funcionamiento fascista de los sentimientos, y sobre todo de los sentimientos « célebres » o tradicionales ; hay un funcionamiento fascista de la inteligencia ; una utilización del poder de la inteligencia y sobre todo el poder de enmascarar, de falsificar, que tiene la inteligencia. […] Hay una cáscara en el fascismo, hay un nudo estrangulado en el alma del fascista que le cierra a la vida. […] El fascismo ha elevado un culto a los « Hechos » pero comienza eludiendo todo hecho y creándolo con su violencia ; diríamos que como el criminal no cree en más hecho que en el que él realiza. Es el mismo desprecio del orden de las cosas y de las cosas mismas. Y esto es lo que hace que no ya que el fascismo cometa crímenes, sino que él mismo sea un crimen ; porque obra sin reconocer más realidad que la suya, porque funda la realidad en un acto suyo de violencia destructora. Es un cristianismo del revés, un cristianismo diabólico en que se pretende sentar un mundo sobre la sola violencia de un hacho realizado porque sí, en virtud del afán de poderío. »

1 Message

  • De la nature du fascisme Le 21 octobre 2019 à 14:26, par comte Lanza

    Je ne connaissais pas María Zambrano.

    Vous indiquez qu’elle était une des disciples d’Ortega y Gasset.
    Elle a donc fait un choix différent de celui de son maître, qui fut un libéral rallié (avec réserves) au franquisme
    cf :
    https://journals.openedition.org/rives/1023

    Ortega y Gasset et d’autres penseurs (comme probablement Pio Baroja, anarchisant et libre-penseur ) attendaient que le régime franquiste évolue vers le libéralisme et le pluralisme… ce qui eut bien lieu, mais après leur mort et après celle de Franco.

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