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Le jour des Trépassés

samedi 2 novembre 2019, par René Merle

Nos Feralia

Une chose est de revisiter notre vie, autre chose de revisiter celle des autres
Revisiter notre vie ? Elle est évidemment mouvante dans le souvenir.
Je ne suis pas friand de citations, mais ce propos de Proust (Combray) me convient parfaitement
« Il y a bien longtemps de cela. La muraille de l’escalier, où je vis monter le reflet de sa bougie n’existe plus depuis longtemps. En nous aussi bien des choses ont été détruites que je croyais devoir durer toujours et de nouvelles se sont édifiées donnant naissance à des peines et à des joies nouvelles que je n’aurais pu prévoir alors, de même que les anciennes me sont devenues difficiles à comprendre. »
Mais revisiter celle des autres, ces proches que la mort a figé dans une vérité immuable ?
Mission impossible, n’en déplaise aux fanatiques de la biographie.

Je remuais tout le jour ces évidentes banalités…
Car la fête des morts, celle des trépassés comme on dit, c’était aujourd’hui.
Qui a voulu en respecter le sens initial a prié pour les âmes des défunts, les siens au premier chef.
Qui ne prie pas, et c’est mon cas, a été envahi de cette mélancolie qui nous rattache à nos disparus et de cet effroi que suscitent la mort et son cortège d’inexplicables.

Nos Feralia ne sont plus en février, mais en ce deux novembre. À Rome, les ombres des défunts sortaient en cette nuit sacrée, et nul ne se serait permis d’oublier le sacrifice offert aux Mânes. Inferiae. Les Morts se contentaient de peu, un brin de nourriture, mais ce peu, signe de souvenir maintenu et de respect, était indispensable pour ne pas déclencher leur colère.
Je ne sais si les chrysanthèmes ont rempli le même rôle. Je ne suis pas allé fleurir les tombes.

Dans la fulgurante entame du pénétrant essai de Pascal Quignard, Mourir de penser, le roi des Frisons, Rachord, au moment d’être baptisé et de gagner le paradis, se ravise : Mais où sont les miens ? demanda-t-il au prêtre…
Oui, où étaient ses ancêtres qui jamais n’avaient été baptisés ?
En Enfer, finit par répondre le prêtre.
Et Rachord, pour ne pas trahir les siens et les rejoindre, quitte le baptistère.
Il en mourra d’ailleurs…

On peut filer la métaphore, de diverses manières…
Je laisse à ses fantasmes, Barrès le chantre de la Terre et des Morts, mais j’avoue que cette prégnance me turlupine, et que, malgré la liberté individuelle et la détachement auxquels je suis parvenu, du moins je le crois, je vois perdurer, et plus que jamais avec l’âge, le lien (supposé ?) avec ceux d’avant, « miens », parents, grands-parents, aïeux, et la foule de ceux dans la pensée et l’action desquels je peux me reconnaître, depuis que l’histoire des hommes existe. Je sais bien qu’ils n’y sont pour rien, et que je me crée cette emprise.
Il n’empêche…

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