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Thomas Guénolé, "La chute de la maison Mélenchon"

dimanche 10 novembre 2019, par René Merle

Qui a intérêt à voir éclater LFI ?

J’ai cédé à la pression médiatique et j’ai acheté samedi le livre tout frais paru (6 novembre !) de Thomas Guénolé, La chute de la maison Mélenchon (Albin Michel), je l’ai lu, et je le regrette (pas pour mes 19 euros, mais pour le cafard que cela m’a donné).
Pour qui en ignorerait, voici la présentation de l’éditeur :

« Ce récit nous fait vivre de l’intérieur la chute de l’homme qui a trahi l’espoir de millions de Français.
On y découvre le fonctionnement dictatorial que cachent les plaidoyers pour « une vraie démocratie ». On assiste au procès stalinien que La France insoumise a fait subir à l’auteur, sincère militant traité en ennemi.
De l’exploration documentée des montages financiers pratiqués par Jean-Luc Mélenchon au décryptage des méthodes glaçantes de sa communicante Sophia Chikirou, à la tête de la web-télévision Le Média, ce témoignage, qui relate l’effondrement de Mélenchon, est une réflexion sur les coulisses de la vie politique.
C’est également l’analyse de l’immense déception qui a suivi l’enthousiasme suscité par ce mouvement. C’est enfin le récit du combat d’un homme qu’on a voulu briser et qui est toujours debout.
D’une liberté de ton dévastatrice, La chute de la maison Mélenchon est un document choc autant qu’un réquisitoire accablant contre une gauche qui se prétendait différente.
 »

On le voit, tout est ciblé sur la démolition politique de Mélenchon. Or, en fait, la présentation omet de nous dire qu’une bonne partie du livre est consacrée à une assez délirante accusation de harcèlement sexuel reprise opportunément par la direction de la France Insoumise au moment où Guénolé commençait à ruer dans les brancards. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage…

Je ne mets pas en cause ici la sincérité de l’auteur qui se défend longuement, et de façon très convaincante contre cette accusation et cette piètre manœuvre.
Mais j’en viens à l’aspect politique de ce qui voudrait être un brulot démystificateur.
En fait, Guénolé aurait pu résumer son propos politique en deux pages.
Guénolé pointe très justement le fait qu’en 2012 comme en 2017, Mélenchon n’a pas rassemblé « le peuple contre la caste », comme il aime à s’en gargariser, mais qu’il a rassemblé des électeurs de gauche en désespérance (j’en fus). Tout son dérèglement stratégique procède de cette erreur (quelque peu mégalomaniaque) d’appréciation.

Mais il a fallu à Thomas Guénolé beaucoup plus de pages pour nous expliquer ce que nous savons depuis longtemps, à savoir que le « mouvement gazeux » lancé par et pour Jean-Luc Mélenchon est en fait dirigé d’une main de fer par un tout petit groupe tout dévoué au Líder maximo. J’ai voté Mélenchon aux deux présidentielles, mais sans illusions sur le mode de fonctionnement de LFI, je l’ai souvent écrit dans mes blogs précédents comme dans celui-ci. C’est un constat si banal que l’on se demande comme le toujours jeune politologue (37 ans) Thomas Guénolé, touché par la grâce mélenchonienne en 2017, a pu immédiatement prendre d’importantes responsabilités dans l’organisation sans être au fait de ce qui se disait partout. Thomas Guénolé, docteur en science politique et auteur de plusieurs ouvrages assez décapants, et souvent excellents, sur notre société, n’était pourtant pas tombé de la dernière pluie.
Sa charge furieuse plonge le lecteur dans une hébétude désespérée, à propos de la nature humaine.

Mais passons.
Cette lecture m’a en fait profondément affecté.

D’une part, par ce qu’elle révèle (fugitivement) du petit monde des politologues faiseurs d’opinion, accompagnateurs nomades de leaders politiques du centre gauche à l’extrême gauche, un monde où l’on se place, se croise, s’affronte et se réconcilie dans les instituts d’études politiques, et à Science Po évidemment, comme dans les radios, les télés, les magazines, autant par conviction (même mouvantes) que par nécessité de gagner sa vie. Guénolé n’y est pour rien, mais il entrouvre une porte derrière laquelle les pauvres provinciaux que nous sommes comprenons encore plus comment tout se joue, se théorise, se diffuse à Paris, ou plus exactement dans un ghetto parisien où les analyses, les opinions, doivent cohabiter avec des pulsions de reconnaissance et de pouvoirs, ou les justifier. Ego, Ego quand tu nous tiens…

D’autre part, et c’est le plus important, bien que Thomas Guénolé ne lui consacre que quelques pages finales, c’est la vision de l’avenir qu’il dresse sur ce champ de ruines. Une vaste organisation, une « Fraternité » qui regrouperait tous ceux qui, à la gauche du PS et peut-être avec lui, ont œuvré pour la conscientisation populaire, dans les partis (y.c LFI, tiens tiens…), les associations, la presse ; une « Fraternité » où chacun compterait pour un, dans une merveilleuse vie démocratique.
Bien sûr on peut rêver.
Mais il est clair que ce n’est pas cette perspective plutôt utopique qui a déterminé Albin Michel à accepter le manuscrit.
Bref, tout nous ramène à la question : Qui a intérêt à voir éclater LFI ?

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