La Seyne sur Mer

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De la possibilité d’un avenir commun

lundi 11 novembre 2019, par René Merle

La dialectique lutte des classes et mobilisation nationale pour les services publics

Je ne fais pas d’illusions sur la neutralité des sondages, et des sondeurs, lorsqu’ils anticipent les choix électoraux, et donc les oriententent
Cf. : Sondologues
Par contre, ils m’intéressent beaucoup lorsqu’ils travaillent sur des données chiffrées incontestables afin de tracer en quelque sorte une géographie de la France d’aujourd’hui.
En gros, deux tendances se dessinent.

La première a été largement médiatisée par le récent livre de Jérôme Fourquet, L’Archipel français, dont un récent entretien résume les conclusions [1] :
« L’article est ainsi titré : Jérôme Fourquet : « Chaque Français bricole son propre système de valeurs ».
« 
L’OBS. Vous avez raconté dans votre livre le processus de dislocation des matrices catholique, républicaine et communiste qui ont longtemps structuré notre pays. Sommes-nous maintenant au bout de ce processus ?
— Jérôme Fourquet. Oui, je le crois. Tous les repères traditionnels ayant volé en éclats, nous entrons désormais dans une nouvelle période. C’est un basculement anthropologique d’une ampleur inédite dans l’histoire récente. Voilà longtemps que les sociologues ou les philosophes annoncent le « désenchantement du monde ». Max Weber en parlait déjà en 1917, Marcel Gauchet, en 1985, évoquait le processus de « sortie de la religion ». Cette fois, nous y sommes.
 »

Et nous lisons la quatrième de couverture de ce très pertinent ouvrage :
« Mais, plus spectaculaire encore, l’effacement progressif de l’ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d’" archipelisation " de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d’un réduit catholique, instauration d’une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes.
À la lumière de ce bouleversement anthropologique, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l’agrégation des intérêts particuliers au sein de coalition larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l’élection présidentielle de 2017 et les suites que l’on sait...
 »

Bref, il devient de plus en plus difficile, sinon impossible, de « faire Nation ».

À l’inverse, le très centriste Bernard Sananes, président d’Elabe, affirme :

"Le Baromètre des Territoires révèle que les fractures sociales sont plus déterminantes que les fractures territoriales pour comprendre les parcours de vie des Français. Ces fractures sociales divisent la société française qui se retrouve éclatée en quatre grandes familles qui se côtoient, voire se croisent assez largement au sein des mêmes territoires. Apparaît ainsi l’image d’une France en morceaux, qui expriment pourtant un commun attachement à la France et, à travers cet attachement, l’envie ou l’espoir d’un destin commun."

Bref, au-delà des différences et des oppositions, et sans aller chercher l’épisode de l’Union sacrée de 1914 face au péril, l’appartenance à la Nation serait le gage incontestable de l’avenir commun le plus vivable possible.

C’est évidemment faire l’impasse sur la lutte des classes qui, plus que jamais, est le moteur de notre histoire. Des communistes repentis se félicitent que leur parti ait abandonné la vieille tactique de « classe contre classe » [2]. Ce serait ne pas voir que le Pouvoir, lui, sans états d’âmes, mène une politique de classe qui violente la justice sociale et divise profondément le pays [3]

Dans ce contexte, je partage le point de vue de ceux qui pensent qu’un des éléments unificateurs, sinon le principal, d’un pays profondément divisé, est justement cette aspiration plus ou moins clairement exprimée de justice sociale.
L’adhésion initiale massive au mouvement des Gilets jaunes en a témoigné, comme l’actuel soutien de l’opinion au mouvement des hospitaliers, ou à celui des pompiers.
Ce sera sans doute la clé du grand mouvement social qui s’annonce pour décembre, et peut-être même avant.
Mais c’est seulement s’il ne sera pas uniquement défensif, et qu’il initiera effectivement un projet d’avenir possible, axé sur le développement et l’enrichissement des services publics [4] qu’il aura une chance de succès.
Ainsi, le facile et fade slogan du « Vivre ensemble », mis à toutes les sauces, pourrait enfin trouver un sens.

Notes

[1L’Obs ; 20 octobre 2019

[3Cf ; par exemple : Lutte des classes.

[4Services publics que condamne la Constitution européenne rejetée par les Français en 2005, mais aussitôt avalisée par le bloc parlementaire Droite-PS, services publics systématiquement démantelés depuis par tous les gouernements

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