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Antifascisme italien 1921-1922

mardi 12 novembre 2019, par René Merle

Honneur aux Arditi del Popolo


L’emblême des Arditi del Popolo : la hache populaire brise le faisceau (fascio)

Hymne des Arditi del Popolo :
" Rintuzziamo la violenza / del fascismo mercenario./ Tutti in armi ! sul calvario / dell’umana redenzion. / Questa eterna giovinezza / si rinnova nella fede / per un popolo che chiede / uguaglianza e libertà."

Mars 1919, fondation par Mussolini des Faisceaux italiens de combat (Fasci italiani di Combattimento).
Aux élections d’octobre 1920, les Fasci font partie du Bloc constitutionnel droite-centre. Ils deviennent en 1921 le Parti National Fasciste (Partito Nazionale Fascista).
1922, les fascistes marchent sur Rome. Sur ordre du Roi et du gouvernement de droite, l’armée, qui avait tous les moyens de les en empêcher, n’intervient pas. Le Roi nomme Mussolini chef du gouvernement. Il forme un gouvernement avec des fascistes, des conservateurs et des libéraux.
1925, le Parti National Fasciste devient le parti unique de la dictature. "

Voyons cela de plus près. Italie antifasciste... Il n’est bien sûr pas question ici de faire l’histoire de ces deux années tumultueuses et tragiques qui virent in fine la victoire de Mussolini, au lendemain de la Marche sur Rome (28 octobre 1922).
Elles succédaient à deux années, "il biennio rosso", qui avaient épouvanté la bourgeoisie italienne : grèves, occupations armées d’usines, occupations des terres des grands propriétaires, violents conflits avec les forces dites de l’Ordre... Le prolétariat industriel et le prolétariat agricole en sortaient vaincus mais non résignés. Les conservateurs et les possédants comprirent rapidement quelle arme pouvait être l’entreprise nationaliste fasciste naissante, encore couverte de démagogie sociale, et portée par un véritable soutien de masse. Avec souvent la bienveillante compréhension des autorités, les troupes de choc fascistes entreprirent de briser par la terreur les structures du mouvement ouvrier italiens, ses sièges, ses journaux, et naturellement ses militants.
Un exemple entre mille : fin février 1921, les fascistes assassinent deux cheminots à Florence et tentent d’occuper le populaire quartier de San Frediano. Ils en sont chassés par la population. Mais ce sont la police et l’armée qui attaqueront alors les barricades populaires.
Cette couverture du très répandu Petit Journal illustré montre bien où vont les sympathies de la "bonne presse " française. "Heureusement qu’il y a des carabiniers !" pourra penser le lecteur...

C’est dans ce contexte d’apparente « démocratie bourgeoise », mais en fait de terreur permanente, que naquirent en réflexe spontané d’auto défense et de lutte pour la vie les formations de défense prolétarienne, puis les "Arditi del Popolo" (constitués essentiellement de militants anarchistes et communistes) formés en milice contre les expéditions fascistes. La leçon infligée par les Arditi del Popolo, soutenus par la population, à la puissante expédition punitive fasciste contre les quartiers populaires de Parme (août 1922) fait toujours partie de la Geste antifasciste italienne. Cette défaite cuisante poussa Mussolini à hâter le processus de prise du pouvoir et à préparer la Marche sur Rome.
La gauche italienne se trouvait ainsi placée devant une situation de guerre civile larvée. En son sein, les partisans des Arditi del Popolo voyaient dans cette violence défensive le seul moyen de stopper la course au pouvoir des fascistes. Mais, majoritairement à gauche, et notamment dans le vieux et puissant Parti socialiste italien, persistait le sentiment (l’illusion ?) que la gauche pouvait l’emporter électoralement, en respectant la légalité et en se gardant d’effrayer les classes moyennes. Ce fut en particulier la position du socialiste Bonomi, quelques mois Président du Conseil en 1921-1922 avec un gouvernement de coalition. Des dirigeants socialistes et syndicaux réformistes signent même un pacte de non agression avec les fascistes. Le tout jeune Parti communiste d’Italie (né en janvier 1921) connaissait les mêmes divisions. Seule une minorité, dont Gramsci, y soutenait l’autodéfense prolétarienne (c’était également le point de vue de Lénine et de la IIIe Internationale). Et encore, à condition qu’elle ne soit composée que de communistes...
Avec l’accession au pouvoir de Mussolini, fin octobre 1922, - accession "légale" répétons-le - c’est tout l’appareil d’État qui va être mis au service du fascisme. Un semblant de démocratie se poursuivra encore pendant deux ans, avec une opposition légale, mais combien muselée... Cependant, la partie était perdue pour elle. En 1925-1926, les libertés fondamentales étaient liquidées, la parti fasciste proclamé parti unique ; les opposants n’avaient plus le choix qu’entre la prison, l’exil ou la soumission... Comme l’écrira Dimitrov : "L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie - la démocratie bourgeoise - par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste déclarée".
Désormais, vu du côté officiel français, la régime fasciste est un régime en place, avec lequel on entretient des relations diplomatiques, et souvent de bonnes relations ; à l’exception des rares journaux de gauche, la presse française parle plus volontiers de « Monsieur Mussolini » que du Duce… Les conservateurs français, s’ils n’adoptent pas toutes les idées fascistes, n’en tiennent pas moins gré aux fascistes d’avoir écarté la menace révolutionnaire. Et l’on voit naître les premiers groupes français ouvertement fascistes. J’y reviendrai.

La France de 2019 ne ressemble guère à l’Italie de 1921-1922. La bourgeoisie française et, comme on dit, le Grand Capital, pensent n’avoir guère de raisons de craindre une poussée révolutionnaire prolétarienne. En l’état, à tout le moins.
Il n’en reste pas moins que l’avenir est imprévisible et que rien ne permet d’écarter, devant une implosion du régime liée aux multiples mécontentements, un recours à l’alliance du RN et d’une partie de la droite. Du point de vue de la respectabilisation et de l’image parlementaire donnée par Mussolini en 1921, l’épisode italien est un vrai laboratoire. Comme il l’est par la tolérance, puis la complicité de l’appareil d’État, et des grands médias, à l’égard des ambitions du Partito nazionale fascista.

Post Scriptum :

Amis lecteurs italiënophones, si vous en avez l’occasion, ne ratez pas le film documentaire de Giancarlo Bocchi, Il Ribelle, Guidi Pacelli, una vita da rivoluzionario, 2011. [2galement publié en livre avec DVD.
Sur Picelli, leader de la résistante antifasciste victorieuse de Parme. Cf. : [Picelli->http://dormirajamais.org/picelli/–

Quatrième de couverture du livre :
"Il Ribelle" è la prima biografia di Guido Picelli, "l’uomo che terrorizzò Mussolini", il comunista "troppo ribelle" per Stalin, il comandante rivoluzionario che con un pugno di Arditi del popolo costrinse alla fuga i diecimila fascisti di Italo Balbo che assediavano Parma. L’artefice del "fronte unico" antifascista, il militante che teorizzò con Gramsci una struttura insurrezionale clandestina. L’eroe popolare, audace e beffardo, che il primo maggio del 1924 ridicolizzò il regime fascista inalberando un’enorme bandiera rossa sul Parlamento. L’irriducibile che fu perseguitato dagli stalinisti anche in esilio. Il comandante del Battaglione Garibaldi che ottenne a Mirabueno la prima vittoria repubblicana sul fronte di Madrid e venne fulminato pochi giorni dopo da una anonima pallottola al cuore".

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