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L’histoire explique les engrenage, mais les excuse-t-elle ? Guerre de 1914-1918, Hitler au pouvoir
vendredi 25 septembre 2020, par
Les historiens ous expliquent par quel long engrenage on en arriva au déclenchement de la [guerre de 1914-191>mot19], guerre civile européenne qui jeta dans la tuerie des millions de jeunes européens « civilisés », qui ne se connaissaient pas et n’avaient personnellement aucune raison de s’entretuer.
Mais, comme l’écrivait Anatole France en 1922, « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels ».
Cf. : 1922 - Anatole France - On croit mourir pour la Patrie...
Une des terribles conséquences de cette guerre fut la revanche du nationalisme allemand et l’accession de Hitler au pouvoir.
Là encore, les historiens nous montrent par quel rapide engrenage les Nazis ont triomphé, dans une Allemagne humiliée par le traité de Versailles, puis ruinée par la crise économique.
Cette ascension était-elle irrésistible ? Comment à ce propos, par exemple, ne pas évoquer la pièce de Brechet, écrite en 1941, qui se termine par cette terrible adjuration :
« Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds. Agissez au lieu de bavarder ? Voilà ce qui aurait pour peu dominé le monde. Les peuples ont eu raison, mais il ne faut pas nous chanter victoire. Il est encore trop tôt. Le monde est encore fécond d’où a surgi la bête immonde [1]. ».
Personne n’a été pris en traitre. Je redonne ici un article déjà ancien, qui a été souvent consulté :
Allemagne 1932 – "Notre dernier espoir, Hitler", dit l’affiche du NSDAP. La résistible ascension d’Adolf Hitler
« Résultats électoraux du Parti National Socialiste des Travailleurs Allemands (Nationalsozialistiche Deutsche Arbeiterpartei, NSDAP).
— Élections législatives - mai 1924, 6,6 %
— id. décembre 1924, 3 %
— mai 1928, 2,6 %
— septembre 1930, 18,3 %
— juillet 1932, 37,4 % novembre 1932, 33,1 Janvier 1933 : Hitler est nommé chancelier par le président conservateur Hindenburg - février, Hitler suspend les libertés fondamentales. Multiples arrestations de communistes.
— Malgré cela, début mars 1933, Hitler ne peut obtenir la majorité absolue : 43,9 %.
Fin mars 1933, ouverture du premier camp de concentration à Dachau - Grâce au Parti du Centre, Hitler, bien qu’en minorité, obtient la majorité nécessaire des deux-tiers des députés pour changer la constitution. Le règne absolu du NSDAP commence "légalement".
Comme en Italie, la droite a été complice, et donc responsable de l’avènement de deux dictatures."
Le rappel n’est sans doute pas inutile, tant aujourd’hui il est banal de constater que pour beaucoup de nos concitoyens, Hitler serait arrivé au pouvoir par un brutal et sanglant coup de force.
Leur préciser que, sans la bénédiction du grand capital et la complicité du Président conservateur, et de la Droite, jamais ce parti minoritaire n’aurait pu accéder au pouvoir, "légalement", peut les mettre en garde contre ce qui nous pend peut-être au nez.
Certes, la droite traditionnaliste a su montrer sa force et ses muscles dans la rue, certes le RN vise le second tour des présidentielles, mais nous ne sommes sans doute pas menacés par un coup de force fasciste. Par contre, par le simple jeu de nos institutions, il n’est pas exclu qu’une droite en déshérence ne s’allie pas à plus à droite qu’elle et prenne le pouvoir. Avec quelles suites…
Et là encore, le souvenir de 1932 peut être éclairant. Comme le dit l’affiche nazie, pour un bon tiers de l’électorat, fraîchement acquis avec la crise à un parti jusque là groupusculaire, puisque la gauche avait échoué, puisque la droite avait échoué, puisque demeurait intacte la force révolutionnaire et effrayante des communistes, pourquoi ne pas essayer ceux qui jusqu’à présent campaient en dehors du système, mais qui venaient par la grâce du président Hindenburg et des médias de recevoir brevet de respectabilité ?
Comment ne pas penser à ce que nous vivons ? Et peut-être à ce que nous risquons de vivre ? »
Mais comprendre le cheminement de l’engrenage n’est pas excuser, et bien comptables au regard de l’histoire sont non seulement ceux qui, en Allemagne, ont par cécité ou opportunisme permis l’arrivée au pouvoir des nazis, mais encore, hors d’Allemagne, dans nos démocraties occidentales, ceux crurent bon d’excuser Hitler, soi-disant porté par un processus inexorable, et de le traiter en partenaire respectable jusqu’à satisfaire ses ambitions à Munich en 1938. On sait comment ils ont été payés en retour… Désillusion et repliement défensif de l’Union Soviétique, poursuite accélérée des agressions nazies, déclenchement de la guerre en 1939…
Aujourd’hui, l’expression "la bête immonde " est galvaudée, tant d’aucuns l’appliquent à des courants de pensée ou des États avec lesquels ils ne sont pas d’accord. À chacun de savoir quels dangers totalitaires actuels menacent la démocratie et la laïcité.
[1] Mais le texte original de Brecht (en allemand : « Der Schoß ist fruchtbar noch, aus dem das kroch » ; littéralement : « Le ventre est encore fécond d’où c’est sorti en rampant ») n’utilise pas ctte métaphore : le nazisme, en l’espèce, est seulement désigné par le pronom neutre allemand « das », signifiant « ça, cela »