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Après la manifestation contre l’islamophobie

lundi 18 novembre 2019, par René Merle

Démêler l’accessoire de l’essentiel ?

Avec quelques jours de recul, je reviens sur la manifestation parisienne contre l’islamophobie, concept d’islamophobie, on le sait, âprement discuté dans sa polysémie. S’agit-il d’une aversion fondamentale envers la religion musulmane ? S’agit-il, et en l’occurrence c’est le sens qui a été retenu, de discrimination envers ceux qui la pratiquent, et de racisme envers ceux qui sont d’origine maghrébine ?
L’appel initial à manifester est venu de militants communautaristes et religieux, dont un ancien directeur du Collectif contre l’islamophobie en France et créateur de l’association Les Musulmans.
Le but était de dire stop à la stigmatisation grandissante des musulmans, victimes de discriminations et d’agressions, et de dénoncer les « lois liberticides » envers les signes publics de la conviction religieuse.

Que quelque 13500 manifestants [1] aient battu le pavé parisien n’a pas en soi une importance statistique, tant sont nombreux dans la capitale les cortèges qui dépassent largement ce chiffre.
Mais, chacun en a convenu, dans sa nouveauté absolue, l’événement était porteur d’une grande puissance symbolique, et ceci à plusieurs titres.

Je m’en tiendrai seulement au trouble qu’a suscité en moi la participation d’organisations et de dirigeants dont les valeurs ne semblent pas être exactement les mêmes que celles des initiateurs, et dont les drapeaux flottaient parmi la foule : EELV, La France insoumise, Unef, PCF, LDH, CNT, PT, NPA, CGT…
Il fallait y être nous dit-on, on ne pouvait pas ne pas se joindre à une manifestation contre le racisme.
Soit.
Mais pourquoi alors ne pas avoir été les premiers à lancer l’idée d’une manifestation, sur des mots d’ordre clairs ?
Pas de réponse.
Et pourquoi alors prendre en marche un train lancé par d’autres avec lesquels on gardait ordinairement ses distances, et parfois plus que ses distances ?
Eh bien, nous dit-on encore, peu importent les polémiques sur le concept d’islamophobie, peu importe qui sont les organisateurs initiaux. Quand on va manifester pour une juste cause, on ne doit pas être regardant avec une partie de ceux qui manifestent. Il ne faut pas confondre quelques indésirables avec la cause qu’il faut défendre.
L’ennui est que ce sont ces indésirables qui avaient pris l’initiative.
Et puis, ajoute-t-on, vous ne pouvez qu’avoir vu la manif., tellement elle a été médiatisée [2] : quelques provocateurs en tête, mais le gentil peuple, le vrai peuple après, et c’est cela qui compte.
Ecartées et oubliées les dures polémiques internes qui ont précédé la manifestation [3]
Oubliés les Allahu Akbar scandés en tête du cortège [4]
Oublié que la manif. n’ait pas fait l’unanimité en Algérie, loin de là [5]

Bref, en tant que citoyen, qui jusqu’ici me reconnaissait dans cette partie de la gauche qui a appelé à manifester, je me demande si j’ai bien la même conception de l’essentiel et de l’accessoire que ses quelques leaders qui ont manifesté.

Notes

[1comptage réalisé par le cabinet Occurence pour un collectif de médias

[2À le différence de la puissante manifestation du 1er novembre. Cf. : Hirak du 1er novembre à Paris.

[3ainsi à la France insoumise la terrible Lettre ouverte à Mélenchon : "Dimanche, le souvenir de ton ami Charb t’a-t-il glacé le sang ?" : Charb
ou le plus mesuré propos du seul député LFI à ne pas avoir appelé à la manif. : Maurel.

[4L’initiateur explique avoir fait scander cette expression, qui signifie littéralement « Dieu est grand », pour montrer que les musulmans sont français, et qu’ils en ont marre que cette expression religieuse soit considérée comme une arme de guerre… De fait, hélas, depuis Charlie on a pu le considérer…

[5Éloquente à cet égard est lecture des journaux d’Alger, qui quand ils ne s’en sont pas tenu à une brève dépêche d’agence, rappellent ce qu’a été la terrible décennie de lutte contre l’islamisme politique. Jusqu’à, comme certains, à dénoncer violemment l’islamisme européen. Cf. La menace de l’islamisme européen.

2 Messages

  • Après la manifestation contre l’islamophobie Le 29 septembre à 06:33, par Chantal Champet

    Bonjour.

    Je découvre ce matin cet article et il fait écho à mes préoccupations de ces dernières années. Je partage votre avis et vos interrogations. J’ai l’impression qu’une partie de la gauche s’égare entre angélisme et diabolisation pendant d’une méconnaissance de la réalité de l’islam dans son quotidien et sa mentalité et d’une inconsciente condescendance.
    Les récents retournements d’hommes comme Onfray et d’autres me font nourrir une certaine inquiétude : comment penser une seule seconde continuer le combat en s’acoquinant avec l’extrême droite, les communautaristes et les racistes ?....J’en suis consternée.
    Le devenir des républicains de 1870 et des Communards porte à réfléchir sur ce sujet aussi : Bastellica, Rochefort et bien d’autres finissant chez Drumont ou prônant un épouvantable racisme colonial. (Je viens de lire "Grandeur de la France par l’émancipation des travailleurs et la colonisation algérienne" de A. Finet, paru 1872. Quel programme et quel mépris !). Même ce pauvre Clovis Hugues se perdant un temps dans le boulangisme !...
    Merci, pour tout votre travail, monsieur. le temps me manque vraiment pour vous laisser les commentaires qui me viennent à la lecture de vos articles. A ma très modeste place, je consacre mes dernières années à l’éducation populaire et la diffusion d’une histoire de qualité à la portée de tous. Dans ce cadre, avec diverses associations nous montons une exposition sur la république du 4 septembre1870 et le mouvement communaliste marseillaise. La première partie doit être inaugurée, si tout va bien, le 31 octobre à la mairie du 1/7 sur la Canebière. L’ objectif est de rester le plus simple possible, tout en en montrant le plus de choses et de relier le présent des visiteurs à cette histoire qui les concerne ....Toute en évitant les pièges de l’instrumentalisation et des fausses interprétations.
    J’aurais bien des questions à vous poser. Souffrant de polyarthrite, je ne suis guère à l’aise devant le clavier car taper me fait souvent souffrir. A tout hasard, je vous laisse mon téléphone :
    En tout cas, merci encore pour tout votre travail.

    Chantal Champet
    06 71 02 99 15

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    • Après la manifestation contre l’islamophobie Le 29 septembre à 10:54, par René Merle

      Chère Collègue, puisque moi aussi je suis tombé dans le chaudron de l’histoire (prof. retraité), merci pour votre lecture et votre point de vue. Je le partage entièrement, ainsi que vos objectifs de diffusion. J’ai vu avec plaisir que vous êtes présente sur le net, et j’en profite pour signaler aux lecteurs de ce site votre conférence de l’an dernier sur la Commune à Marseille. J’ai vu aussi avec plaisir que vous êtes une des responsable du Comité du Vieux Marseille, où j’avais eu l’honneur d’être invité pour une conférence sur Victor Gelu.
      Comme vous, je travaille beaucoup sur le passé marseillais, presque en voisin puisque je suis toulonnais.
      Prenons donc notre modeste part dans le travail de conscientisation historique qui peut aider des citoyens passifs à devenir des citoyens actifs !
      rené merle
      Salut et fraternité, comme disaient nos vieux républicains de 1848-1851.

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