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Le Conformiste, d’après Moravia

lundi 11 novembre 2019, par René Merle

De la nature du fascisme

Ciné classique nous offre des perles dont certaines ont été, à tort, quelque peu oubliées. Ainsi du Conformiste réalisé en 1970 le jeune Bernardo Bertolucci (29 ans alors) à partir du roman de Moravia (1951), dont il modifie la fin.
Et quel casting ! Jean-Louis Trintignant, Stefania Sandrelli et Dominique Sanda…
Le Conformiste est une œuvre magnifique et glaçante qui, moins de 25 ans après la chute du fascisme, replonge le spectateur dans l’atmosphère de ce régime qui s’imposa certes au peuple italien, mais dont on ne peut oublier qu’une grande partie de ce peuple le porta. La force du thème de Moravia, et du film, est de montrer que ce fascisme, bien avant d’être une claire adhésion idéologique, est fils de la normalité moutonnière, du sentiment spontané et rassurant d’être enfin un « Italien moyen » comme il se doit.
Mais le paradoxe du Conformiste est justement d’illustrer ce thème par un héros qui, à cause d’une terrible blessure d’enfance, sait être différent, et qui se jette désespérément dans le fascisme, et dans le mariage, tant pour effacer sa culpabilité que pour être vraiment « comme les Autres ».
Volontaire pour des missions de la police secrète du régime, il est envoyé dans le Paris du Front populaire liquider un de ses anciens professeurs de philo, militant antifasciste en exil. Il n’y a pas lieu ici de déflorer l’histoire. Au spectateur de la découvrir dans sa complexité.
On retrouve en effet dans ce récit des thèmes chers à Bertolucci, comme celui de l’ambigüité des tendances et des choix sexuels, ou encore l’ambigüité des engagements, des adhésions et des reniements…
Le directeur de la photographie Vittorio Storaro a fait un travail magistral dans l’utilisation expressionniste des couleurs, des lumières et des ombres, ce qui donne au film une beauté plastique inoubliable, encore renforcée par la symbolique des décors romains et parisiens, intimes (tout ce que disent les mobiliers…) ou publics (ah, le terrible gigantisme de l’architecture fasciste)...

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