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À propos du film 1788 et de la Révolution française

vendredi 8 février 2019, par René Merle

Un débat lyonnais avec la revue "l’Improbable" et jean-Claude Romettino

Amis lecteurs de la région lyonnaise, je vous signale ce débat dont m’informe la vaillante revue l’Improbable :

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE,
UNE RÉVOLUTION INACHEVÉE
Mercredi 13 février – 18h - MJC du Vieux-Lyon

En préambule à l’intervention du mercredi 13 février, nous étions une quinzaine, hier, pour voir le film 1788. Une quinzaine seulement et c’est dommage : illustrant la formule « éloge de l’anachronisme en histoire » l’actualité nous a conduit à (re)visionner ce film avec un œil neuf. À voir autrement un passé redevenu actuel, tant est grande la familiarité, entre hier (1789 !) et aujourd’hui, que ce soit à propos de la mise en cause des péages et autres octrois, la protestation contre l’injustice fiscale, le fonctionnement de la justice, la répression, le mépris des puissants (on méprisait en interpelant « mon brave » quand aujourd’hui un autre interpelle en disant « les enfants »), et les privilèges, les cahiers de doléances, grand débat rapidement encadré par la bourgeoisie qu’elle soit la bourgeoisie d’offices ou celle de l’argent et qu’aujourd’hui cherchent à encadrer médias dominants et agents du pouvoir.

Bref 1788 est une excellente introduction à la genèse et à l’éclosion de la Révolution française, révolution dont on voit qu’elle est venue « d’en bas », qu’elle est l’expression de la volonté populaire, et expression de la solidarité bientôt appelée fraternité ; il y apparaît aussi que la violence révolutionnaire est en fait une contre violence en réponse à la violence - considérée comme « normale » parce que aussi ancestrale que quotidienne -, du et des pouvoirs. Apparaît aussi ce consensus du Tiers état contre le régime, consensus ambigu où pointent déjà les profondes divergences d’intérêts entre classes sociales, ici paysannerie et bourgeoisie, celle-ci satisfaite de pouvoir racheter les droits féodaux, tandis que pour les paysans la justice est de les abolir sans indemnités. Il n’est pas jusqu’au « rôle des medias » qui ne soit abordé, ici, le colporteur : diffuseur, par la parole et les chansons, des idées de liberté et d’égalité développées dans l’Encyclopédie, le narrateur de la prise de la Bastille et de ses raisons et, tout à la fois, diffuseur de superstitieuses sornettes millénaristes sur le profond changement promis par l’apparition d’une grande aurore boréale.

Introduction et mine de questions/réflexions qu’il est d’ailleurs possible de retrouver en visionnant (gratuitement) ce film à l’adresse suivante : 1788

Cette révolution française que l’on nous disait oubliée sauf des historiens et de quelques commémorations, voilà qu’elle ressurgit du fond des mémoires populaires comme la preuve que les choses peuvent changer, contrairement à l’antienne de nos dirigeants depuis le tournant libéral de 1983 : le fameux TINA – there is not alternative – de Margaret Thatcher. Voilà que reviennent des symboles, des gestes, des réminiscences qui ne sont plus bi-séculaires mais d’hier : la mise en question du pouvoir, la fraternité, le désir de justice et d’égalité, le gilet devenant la carmagnole de notre temps.

Gilet : un gilet est un vêtement avec ou sans manche qui se porte sur le haut du corps et se ferme à l’avant par des boutons ou une fermeture éclair.
Carmagnole : la carmagnole est une veste à courtes basques et grand collet, nous dit le dictionnaire.
Deux vêtements populaires, devenus symboles des revendications populaires : en devenant une chanson et une danse la carmagnole symbolise l’entrée en politique des masses populaires ; et la couleur jaune du gilet a fait de celui-ci le symbole de l’entrée en politique des exclus, des invisibles, de celle-ci.
Dans la production historique elle-même, un mouvement se repère où les études historiques sont, dans leur grande majorité, à l’opposé de la vision furetiste de la révolution française : en bref, pour François Furet et ses disciples la révolution aurait dérapé et se serait niée à partir du catastrophique 14 juillet, c’est-à-dire à partir du moment où les sans- culottes sont entrés en politique au détriment des « talents » chers à Rocard à l’époque du bicentenaire, ou à Terra Nova aujourd’hui ! Cela se manifeste aussi dans d’autres domaines : ainsi le « 14 juillet » d’Éric Vuillard qui redonne leur nom aux vainqueurs de la Bastille, au théâtre le « Ça ira » de Pommerat, et, au cinéma « Le roi et son peuple »de Shoeller. Pour reprendre une formule bienvenue de Sophie Wahnich, « l’ensilencement » furetiste est du passé.

À travers un abécédaire de la Révolution, de A comme Assemblées à W comme Westermann en passant par B, comme Bastille ou Babeuf, à V comme Vendée ou Vovelle, par M comme Marat , R comme Robespierre, S comme Saint Just ou Soboul. T comme tricolore nous essaierons de rendre compte de quelques-uns des moments les plus importants de la Révolution française, cette révolution aussi inachevée qu’interminable.

Jean-Claude Romettino

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