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Identité Identités, Penn sardines

vendredi 17 janvier 2020, par René Merle

De la triple identité, féminine, ouvrière, bretonne

Le récent article sur le voile et ses commentaires m’ont entraîné dans des discussions sur l’identité.
J’y reviens rapidement pour dissiper quelques incompréhensions.
Je parlais de « mes » identités multiples, et non de « mon » idendité. « Mon » identité, avec ou sans carte, est un donné dont je ne peux m’abstraire : le moindre mal de dents me rappelle que je suis « moi » et à cet égard pas un autre, même si dans mon expérience de prof. de philo., j’ai eu ma part d’enseignement de « je est un autre », comme l’écrivait le camarade Rimbaud en 1871… Quant à « mes » identités multiples, je ne peux que renvoyer à la somme des intérêts, engagements, rencontres, etc. qui m’ont construit, à partir des héritages conscients et inconscients. Ceci n’a rien d’original, il en va de même pour tout être humain.
Où les choses se compliquent, c’est quand ces données strictement individuelles sont appliquées au plan collectif.
Identité unique, référentielle, totalitaire, excluant toute autre composante : c’est l’aliénation suprême, matrice de tous les repliements communautaires, de tous les patriotismes pervertis, de tous les nationalismes pervers, et de tous les fascismes.
Mais la donne me paraît différente si j’applique au plan collectif ce que je constate au plan personnel, « identités » et non « identité ».
Je vais prendre un exemple qui m’a toujours ému et fasciné, celui de ces travailleuses des sardineries de Douarnenez qui, de novembre 1924 à janvier 1925, ont défié par la grève un patronat rapace et obtenu de haute lutte l’augmentation de salaire demandée : « Pemp real a vo » scandaient-elles dans leurs compactes manifestations, (« Cinq réals ce sera ». Un real = cinq sous, soit 25 centimes).

Grève mythique s’il en est (retentissement national et international), sur laquelle la documentation abonde [1]
Comme abondent les souvenirs et les rappels contemporains par le film (Penn sardines, Marc Rivière, 2004) ou par la chanson :
Chanson

Il a été tentant pour nombre d’observatrices/observateurs de ne mettre en avant dans leur traitement qu’un des éléments de cette identité collective qui s’affirma à Douarnenez en cette fin de l’an 1924. Faut-il choisir ? Des prolétaires qui luttent pour de meilleures conditions d’existence ; des prolétaires politisés derrière les leaders communistes locaux ; des prolétaires dont la langue naturelle est le breton ; et des prolétaires femmes, qui osent secouer dans la lutte l’oppression séculaire qui pèse sur les femmes, et qui verront une des leurs élue sur la liste communiste aux municipales, en un temps où les femmes n’avaient pas le droit de vote ?
IL est évident qu’un découpage en tranches serait regrettable. L’événement est fait de ces multiples identités mêlées en une seule et qu’en occulter une serait trahir l’ensemble.

Notes

[1Cf. par exemple : Jean Vigreux, « La grève des sardinières de Douarnenez (Finistère) en 1924 : une grève communiste ? », Vigreux
ou encore, dans L’Humanité : Audrey Loussouarn, « Douarnenez, ces sardinières qui ont su tenir tête à leurs patrons » Humanité.

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