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« La Marseillaise » : Renoir, et la représentation de la méridionalité. Les Fédérés : la différence régionale et l’unité de la nation

dimanche 8 mars 2020, par René Merle

Je disais dans un article tout récent que l’épisode Puigdemont à Perpignan et les prises de position de J.-L. Mélenchon en 2017 m’incitaient à creuser à nouveau un peu le thème des identités si présent sur mon ancien blog.
Cf. Autonomisme catalan - Puigdemont - Mélenchon
Je commencerai par notre hymne bientôt national, La Marseillaise, portée à Paris par des hommes qui connaissaient à peine le français. En 1937, Renoir en a magnifiquement illustré l’histoire dans un film que lui avait commandé la CGT réunifiée du Front Populaire.
J’ai déjà longuement présenté le film et les échos divers qu’il a pu recevoir :
Cf. : "La Marseillaise" au présent. Le film de Renoir, 1937
Je focalise donc ici sur la rencontre de deux identités, l’identité provençale alors si forte, et l’identité nationale révolutionnaire.

1792 - chute de la royauté. En choisissant d’illustrer cet épisode décisif de la Révolution par la "montée" des Fédérés marseillais sur Paris, c’est-à-dire en montrant comment la Nation à peine née unissait les extrêmes géographiques et linguistiques du royaume, Renoir devait se confronter à un double problème.
Comment rendre vraisemblable, historiquement, la représentation de Marseillais de la fin du XVIIIe siècle dans leur façon d’être et de s’exprimer ?
Comment adapter, ou confronter, cette vision historique, avec l’ethnotype du Marseillais qui domine dans l’imaginaire français de 1937 ?
Commençons par le second point. Il n’est que de lire la critique rageuse du Figaro [1], par exemple, pour vérifier la poids de cet ethnotype peu gratifiant : légèreté, bonne humeur superficielle, galéjades d’un peuple que l’on ne prend pas au sérieux, - c’est le temps des "blagues" de Marius et Olive - mais légèreté dont la trilogie de Pagnol, et bien d’autres films, ont révélé en filigrane la vraie dimension humaine.
Renoir est un Parisien pur sucre. Il suffit de l’entendre parler (les enregistrements sont nombreux sur le Net). Mais il connaît et aime le Midi. En témoigne le superbe film réaliste Toni qu’il tourne en 1934 à Martigues, avec de "vrais" acteurs provençaux (et piémontais). En témoignent aussi ses liens avec Pagnol (qui l’a aidé dans le choix des acteurs et distribue son film). En choisissant ses acteurs de La Marseillaise dans la pléiade de Provençaux qui s’illustraient alors dans le music-hall et le cinéma, Renoir a donc choisi de proposer au public français de vrais Marseillais de 1937, sans gommer leur accent et leur faconde, et au contraire en l’utilisant en contrechamp positif de la tension politique du temps.
En ce qui concerne la première question, on commence à admettre aujourd’hui que, même si le français était compris de la plupart des Marseillais de 1792, c’est le provençal qui était leur langue ordinaire et quotidienne. Renoir ne pouvait évidemment pas faire s’exprimer constamment ses acteurs en provençal. Mais il utilise la réalité linguistique de 1937 pour marquer la présence du provençal. Ses acteurs parlent français, et un bon français, (avec "l’accent"). Mais le mot provençal - ah, ces "capélans" (curés) ! -, et l’expression provençale jaillissent constamment, et la chanson les renforce à l’occasion.
Pour autant, Renoir inscrit cette présence du provençal dans son devenir, - c’est-à-dire dans sa seule présence éclatée et résiduelle de 1937 - en faisant figurer en bonne place la pancarte qui effectivement ornait le club jacobin marseillais : "ici on s’honore de parler français".

Notes

[1À lire dans l’article cité en entame

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