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Un commentaire de Michel Parolini sur "les Héritiers"

vendredi 2 août 2019, par René Merle

Qui ne se reconnaîtrait pas dans ce commentaire ? Moi, en tout cas, je le fais mien.

J’attire votre attention sur le commentaire ajouté hier par l’ami Michel Parolini sur mon billet : Tel père tel fils ? Non, c’est fini… et sur l’édito.

« Parfois, remonte à ma mémoire une chanson bien ancienne du sympathique Maxime le Forestier. Elle s’appelle "Dialogue" et résume le regard impitoyable et même un peu injuste que la génération 68 posait sur la génération qui la précédait "Vous êtes morts pour pas grand chose" Ah bon, lutter contre le nazisme par exemple c’était mourir pour pas grand chose ? Elle remonte à ma mémoire comme un remords car elle se termine ainsi : "il est foutu (le monde) et je n’ai plus qu’à le refaire, un peu plus souriant, pour tes petits enfants". Cependant le monde d’aujourd’hui n’est pas plus souriant que celui des années 60. On peut même dire qu’il est pire, car non seulement il n’a pas changé fondamentalement, mais aucune alternative crédible ne semble plus motiver personne. Et, oui, c’est bien nous qui l’avons produit ce monde par bien des côtés désespérant. Ah vraiment, nous étions bien placés pour donner des leçons à ceux qui nous précédaient !
Nos enfants vont-ils nous en faire au moins le reproche ? Non. Et là la désespérance monte encore d’un cran. Nous les avons élevés, ils sont allés à l’école. Ils sont diplômés. Ils ne songent pas à refaire le monde, mais à s’y faire une place. Peut-être sont-ils moins hypocrites que nous après tout. Mais je pense qu’ils sont surtout plus enfumés par l’idéologie dominante. Si Gramsci a raison, une guerre culturelle a été gagnée, et pas simplement une guerre politique. Le néolibéralisme est partout vainqueur. "Mon cul, mon nombril, ma gueule" résumait un copain dans une formule peut-être un peu vulgaire, mais pertinente.
Alors, est-on content de constater qu’ils ont réussi nos enfants, nos anciens élèves ? Qu’ils ont gagné la guerre scolaire. Qu’ils ont intégré les grandes écoles. Qu’ils sont les vainqueurs d’aujourd’hui et les cadres de demain. Est-on content des enfants que nous avons coproduits avec le monde d’aujourd’hui ? Fallait-il qu’ils échouent ? Pouvait-on le souhaiter ? Nous sommes souvent troublés par leur assurance et par la naïveté de leur arrogance. Dans ces moments là, en catimini, presque en douce, tout à la fois nostalgique et désappointé, je remets sur le vieux tourne disques la chanson de Maxime. »

1 Message

  • Je me risque au contre-pied : et si, au contraire, le dernier de la famille ayant réussi ses études, quelques uns de nos élèves par conséquent, nos propres enfants devenus des adultes, apportaient avec eux le virus de leurs parentèle ? Je ne généraliserais pas cette observation, ni dans un sens ni dans l’autre. Il existe bien des enfants restés ancrés dans le milieu social des parents qui ont « trahi » l’esprit des anciens. Je me retiens donc de dire que tous les transfuges sont ou seront le moment venu, des combattants révolutionnaires ou même des contestataires de l’ordre établi par les voies légales du syndicalisme ou de la politique, mais les “héritiers“ seront là dont le nombre ne peut être établi d’avance. J’en ai personnellement des preuves, vivantes. Je continue de “penser profond“, au sens freudien du terme, contre la tendance actuelle qui s’insinue dans les esprits à ne considérer que l’intelligence “plate“ arrimée au pragmatisme institutionnel qui n’a d’horizon que comportemental.
    Les générations issues des milieux économiquement modestes mais riches, inconsciemment, d’une vision venue des précurseurs qui ne peut entièrement s’effacer, reconnaîtront l’héritage — certains en font déjà usage — et la nécessité de le faire fructifier parce que ils n’auront pas le choix : socialisme ou barbarie, au point de rupture de cet antagonisme, et quel qu’en sera le résultat, ils sauront — s’ils ne l’ont déjà fait — choisir leur camp.

    Robert

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