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Patrick Tort, L’intelligence des limites...

vendredi 26 juin 2020, par René Merle

Une réflexion salutaire sur le destin de l’espèce à l’heure du capitalisme mondialisé...

Je l’ai dit et redit, le confinement, s’il ne m’a guère poussé à la recherche et à l’écriture, tellement il était chloroformant, n’en a pas moins été une bonne période de lectures et de relectures, notamment d’ouvrages qui m’ont aidé à approfondir l’idéologie dont je me réclame, et qui m’ont aidé à mieux comprendre où en est le monde contemporain, et où il va.
Je vais vous en présenter trois qui m’ont particulièrement fourni matière, et je commence aujourd’hui par le livre du spécialiste bien connu de Darwin, Patrick Tort, L’intelligence des limites. Essai sur le concept d’hypertélie, éditions Gruppen, 2019.
Voici le résumé qu’en donne l’éditeur :
« L’hypertélie est le développement d’une partie anatomique au-delà de son niveau optimal d’utilité : ramures géantes de cervidés, canines hypertrophiées des « tigres aux dents de sabre », défenses croisées des mammouths, etc. Ces structures, en grandissant au-delà de leur fonction initiale, seraient devenues nuisibles à leurs détenteurs et tendanciellement fatale à la survie de l’espèce. Contre de trop rapides conclusions sur le caractère « non darwinien » du concept d’hyper-télie, Patrick Tort démontre son origine darwinienne. il en tire un instrument pour penser la naissance bio-éthologique du symbolique et pour modéliser les conséquences du dogme d’une croissance sans limite, propre au capitalisme contemporain. »

Que le lecteur profane en la matière ne se laisse pas rebuter par le terme d’hypertélie, auquel sont consacrées les premières pages de l’ouvrage, pages à vrai dire passionnantes qui montrent comment le développement excessif d’un organe par rapport à sa fonction, a priori inconciliable avec une théorie de l’évolution basée sur la sélection naturelle des plus aptes, s’inscrit en fait dans cette sélection : ce développement excessif, qui à terme peut être mortel, n’est pas moins le vecteur symbolique d’une sélection sexuelle où il est signe et porteur de séduction, donc de perpétuation de l’espèce.
Au-delà de cette remarquable mise au point, la seconde partie de l’ouvrage applique cette notion d’hypertélie à la victoire définitive du capitalisme mondialisé, dont la recherche illimitée du profit, couverte d’une puissance illimitée de séduction, est en train de mener l’aveugle espèce humaine à sa perte.
Je ne crois pas avoir rencontré depuis longtemps un constat aussi lucide, qui peut, en nous dégrisant d’un optimisme jouissif, nous placer devant le choix décisif : laisser la catastrophe advenir, ou s’attaquer à la racine du mal, le capitalisme.
Puissent nos ami écologiques environnementalistes et apolitiques comprendre par là combien est vaine, à terme, toute écologie qui s’accommoderait d’un néo-capitalisme à visage humain. Car il est dans la logique aveugle du capitalisme de ne pas être « humain ». Le chaos qui s’annonce peut amener à la disparition de notre espèce. La terre n’en continuera pas moins à tourner, mais l’homme générique aura manqué là la perpétuation de son destin.

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